Pourquoi avoir choisi l’instruction en famille.

Marion et moi n’avons pas spécialement de bons souvenirs de l’école. Même si nous étions tous deux considérés comme de bons élèves, il ne suffit pas d’avoir de bonnes notes pour être épanouit. Et aucun de nous deux ne le fut, pour des raisons différentes : Marion s’ennuyait, et moi j’étais harcelé depuis le collège jusqu’au lycée. Ce sont deux des principales causes d’échec scolaire ce qui me fait dire que, finalement, nous ne nous en sommes pas mal tirés.

Bien avant  la naissance de notre fille Louna, en mai 2014, nous nous sommes donc posés la question de scolariser ou non nos enfants. Voulions-nous réellement leur faire subir ce que nous même avions vécu ? Certes, chaque enfant est différent, chaque école l’est aussi. Nous sommes cependant convaincu que, bien plus qu’une salle de classe surchargée, l’instruction en famille peut apporter à nos bambins.

Respecter le rythme de nos enfants

Lors de la rentrée dernière, en septembre 2017, Louna avait 3 ans et « aurait du » être scolarisée. Nous avons préféré la garder avec nous et c’est un grand plaisir de la voir s’épanouir à la maison. La plus grande satisfaction est certainement de la voir se lever à son rythme le matin, alors que tous les enfants sont déjà enfermés dans les salles de classe. Il est généralement 9h00 lorsqu’elle sort de son lit et me rejoint dans la salle à manger déjà toute habillée et pleine d’énergie. On est bien loin des réveils laborieux, des départs énervés pour ne pas arriver en retard, des petits-déjeuners pris à la va vite. Louna se réveille en douceur, lorsqu’elle le décide, s’habille et vient prendre son petit-déjeuner. Mais avant de s’attabler, il n’est pas rare qu’elle s’arrête sur la table où sont posés ses crayons, ciseaux, rouleaux de scotch, etc. et commence à dessiner, couper, coller. Comme tous les enfants, notre fille a envie d’apprendre, et elle le fait à son rythme, selon ses envies et ses humeurs. A nous de ne pas casser son élan, et de l’accompagner au mieux dans ses apprentissages.

Lui offrir une vie sociale riche et respectueuse, loin du harcèlement scolaire.

Lorsque l’on explique que notre fille ne va pas à l’école, et n’ira pas si elle ne le souhaite pas, les gens s’inquiètent. Je ne sais jamais si cette inquiétude est exprimée pour se rassurer soi, ou si elle est permet de contrecarrer la surprise d’apprendre que non, l’école n’est pas obligatoire. Bref, toujours est-il que la première chose qui inquiète nos interlocuteurs, c’est la sociabilité. La sacrosainte sociabilité que seule l’école, pense-t-on, peut apporter à l’enfant. Personne n’imagine qu’un enfant peut rencontrer d’autres personnes en dehors de l’école. En effet, quel endroit mieux rêvé pour rencontrer ses semblables que l’école ?

Ceux qui vivent l’instruction en famille vous diront tous qu’au contraire, le fait de ne pas aller à l’école permet à l’enfant de rencontrer bien plus de personnes et d’avoir une vie sociale très riche. Soyons clairs, l’école impose à l’enfant une cohabitation avec d’autres congénères du même âge avec qui il n’a pas forcément que des affinités. Durant 6 à 8 heures par jour on lui demande de partager le même espace confiné avec une trentaine d’autres bambins, sans aucun échappatoire. A l’inverse, lorsque l’enfant ne va pas à l’école, les rencontres et les moments passés en groupe sont choisis et volontaires. Louna va où elle veut, rencontre qui elle veut et ne s’embarrasse pas à passer du temps avec des enfants ou adultes qu’elle n’apprécie pas.

Bien sûr, on nous dit que la vie n’est pas facile, et qu’il faut que l’enfant apprenne à être confronté aux difficultés, et le plus tôt sera le mieux. Nous pensons évidemment le contraire. Nos enfants auront bien le temps d’être confronté aux difficultés, alors autant qu’ils profitent de leur innocence le plus longtemps possible. Et le fait de ne pas aller à l’école préparerait au contraire mieux la vie en société. Là où les enfants voient toujours les mêmes personnes, que ce soit dans leur salle de classe ou dans la cour de récréation, nos enfants, eux, voient une multitude de personnes différentes, enfants ou adultes, et ont ainsi beaucoup plus d’interaction avec l’extérieur.
Sans compter que Louna profite pleinement de son petit frère, Siméon, arrivé en octobre dernier. Elle passe beaucoup de temps à s’occuper de lui et lui apprend ainsi beaucoup à son contact. Les voir jouer ensemble est une satisfaction immense.

J’ai personnellement subi le harcèlement scolaire pendant sept ans, sept longues années. J’ai subi brimades et coups pendant toutes les années passées au collège et au lycée. Je regardais autour de moi, et voyais d’autres élèves dans la même détresse que la mienne. Cet harcèlement s’est terminé par une anesthésie générale à deux mois du bac… : on m’avait cassé le nez et j’en porte encore aujourd’hui les stigmates et quelques séquelles. Alors oui, on peut me parler des bienfaits de la sociabilité de l’école… Je développerai ce point-là, qui est loin d’être anecdotique. Dans nos écoles, 700.000 élèves sont harcelés. Cela représente 15 % des enfants…

Un apprentissage personnalisé

« Papa, quand je n’ai pas envie, je n’ai pas envie. D’accord ? »

Ca, c’est la réplique préférée de ma fille lorsque je tente de l’orienter vers une activité que je souhaiterais qu’elle fasse. Elle m’explique très simplement que là, à l’instant t, elle n’a pas envie de faire de dessin, ou de lettres, ou de chiffres. Dans 10 minutes peut-être, ou dans deux heures. Peu importe.  Tout de suite elle est occupée à faire autre chose et rien d’autre ne l’intéresse. Alors je vaque à mes occupations, et reste à sa disposition lorsqu’elle aura besoin de moi.

Lorsqu’on commence « l’école à la maison », on se rend très vite compte que vouloir imposer une activité à un enfant est contre-productif. Et au contraire, lorsque l’enfant a envie de faire cette même activité, alors plein de choses se passent et l’apprentissage est un « jeu d’enfant ».  Ceux qui font l’école à la maison expliquent qu’il faut entre 1h et 1h30 par jour pour faire les cours imposés par le programme scolaire. Cela s’explique forcément par le fait que l’enfant a à sa disposition un adulte à lui tout seul pour apprendre. Chacun s’adapte à l’autre ; on prend le temps d’expliquer les choses non comprises et on passe plus rapidement sur ce qui est acquis. Cela veut dire que l’enfant a à sa disposition un capital temps bien plus important pour apprendre d’autres choses, pour faire du sport, de la musique, etc.

Nous ne sommes bien sûr pas compétents pour toutes les matières ni pour développer tous les sujets que l’enfant souhaite développer. Je serai bien embarrassé le jour où mes enfants voudront tout savoir sur les dinosaures ou sur la naissance du système solaire. Peu importe, nous apprenons en même temps qu’eux. Sans compter sur le fait que nous sommes plus enclins à nous remettre en question sur nos propres compétences. Et puis en quoi un instit ou un professeur serait-il plus compétent ? Un diplôme ou un concours est-il gage de qualité ? Pour répondre à cette question, je vous laisse lire un article intéressant sur la qualité de la formation des enseignants… : Les profs aussi sont fâchés avec l’orthographe.

 

Voici quelques unes des raisons pour lesquelles nous avons fait le choix de la non scolarisation de nos enfants; Il y a évidemment plein d’autres raisons, que j’aurai l’occasion de développer plus tard.

Il est 8h10. J’entends mes petits voisins sortir de chez eux pour aller à l’école. Ma fille, elle, dort profondément. Je vais bouquiner un peu au pied du feu en attendant qu’elle se réveille. Alors commencera une nouvelle journée, où nous allons jouer, dessiner, compter et écrire quelques mots, sans oublier d’aller sortir les poules, ramasser les oeufs, faire un peu de jardinage si le temps nous le permet et faire plein de câlins avec son petit frère.

 


9 réflexions sur « Pourquoi avoir choisi l’instruction en famille. »

  1. Bonjour
    Comme vous, ma fille a fait sa rentrée en septembre, mais par « facilité » (je travaille), je l’ai mise à l’école… Je partage totalement votre point de vue, le libre arbitre et l’écoute favorisent la créativité, le développement personnel et la pensée. Ils permettent aussi à nos enfants de mieux s’épanouir et d’apprendre plus vite et avec plaisir. Bravo à vous !

    1. Merci Céline. En effet, l’école permet surtout aux parent d’aller travailler ! Il est évident que le fait de vouloir faire l’école à la maison implique une organisation de notre temps différente et le « sacrifice » d’un salaire. Tout le monde ne peut pas le faire et nous en avons bien conscience.

      Cela dit beaucoup de personnes pourraient quand même le faire mais pensent ne pas pouvoir. On voit cela avec les voyages. Beaucoup de personnes nous disent : vous avez la chance de pouvoir partir deux ans. Finalement, on n’a pas plus de chances que ça mais on s’organise pour pouvoir le faire

  2. C est trop bien pour le rythme de l enfant . J aurais adoré que les miens connaissent ça mais avec notre propre boulot pas évident de tout cumuler et puis peut être pas un assez bon niveau moi même dans certaines matières math par exemple . Les gens critiquent dès que quelque chose sort de l ordinaire sans même réfléchir. Ça reflète bien la bêtise humaine . Vos enfants Mr ont beaucoup de chance . Ils sont vraiment privilégiés . Bonne continuation

    1. Cécile, je ne pense pas que le « niveau » des parents soit un frein pour l’instruction en famille. Les enfants ont des ressources insoupçonnées et peuvent apprendre par eux-mêmes de façon très surprenante. Et puis ensuite, si on bloque sur telle ou telle chose, il est aujourd’hui facile de se documenter pour trouver les solutions. Je suis aujourd’hui incapable de résoudre des problèmes de math qui m’étaient posés au bac (bac S pour ma part), mais la perspective de m’y replonger dans quelques années ne m’effraie pas, et je suis sûr que mes enfants pourront m’expliquer !

  3. Un grand bravo Monsieur pour votre envie de bien faire, votre amour pour votre fille et votre ambition pour elle. J’ai vécu led pires traumatismes à l’école en commencant par la maternelle où j’ai été maltraitée aussi bien par les professeurs que par les élèves très jaloux de moi : petite fille modèle, première de la classe etc … Aujourd’hui je me revois à l’école je ne comprenais rien. Il fallait que ma mère me paye des cours partiuliers a la maison pour rattraper mon retard. Où était donc l’interet d’aller à l’école ? J’étais stressée plus qu’autre chose,en compétition permanente. Bref … aujourdhui je sais que l’école ne m’a rien appris. Je souhaite donc instruire moi meme mon fils de 2ans et demi et trouve cet abaissement de l’instruction à 3ans scandaleuse ! Que va t on demander a lenfant en tant qu inspecteur ? S il mange bien à midi ? Sil sait jouer à la dinette ? Faire sa sieste a 13h ?

    Un grand bravo et une excellente continuation a vous.

    1. Je me retrouve dans votre message, les cours particuliers en moins !
      Pour ce qui est du contrôle, je ne sais pas trop non plus quelle sera les attentes de l’académie. Il faut quand même savoir que des enfants de trois ans passent leur journée devant des écrans (télés, tablettes, etc) et n’ont pas d’interaction enrichissante avec leurs parents. Les contrôles permettront de déceler cela, et ça ne sera pas un mal en soi. Si l’école permet à des enfants de sortir des écrans, c’est une bonne chose. Tant qu’elle n’oblige pas ceux qui s’épanouissent chez eux à aller derrière les grilles de l’école.

      1. Bonjour,
        Les enfants qui sont instruits à la maison passent rarement leurs journée devant des écrans, ce qui n est pas le cas des enfants allant à l école ou l apprentissage du numérique à été défini comme priorité nationale.

  4. bonjour,
    je partage totalement votre point de vue et je viens juste de passer a l’ief pour mon fils de 11ans et ma puce de 5ans.
    je suis une maman solo et je travail a mi-temps. je vois mes enfants revivre et reprendre confiance en eux. je ne regrette pas mon choix, même si ca ne sera pas toujours facile financièrement,..
    je tiens a dire aux gens que tout est possible, les années passent si vite, ca concerne moins qu’ 1/4 de notre vie mais ces années là vont déterminer toute la leur !
    bonne continuation 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *