La rentrée « scolaire » de Louna.

La question de l’éducation se pose dès l’arrivée d’un enfant dans un couple. Là où la plupart des couples se demandent dans quelle école ils vont placer leur progéniture (public ou privé), notre raisonnement à nous s’est tout de suite orienté sur la question de la scolarisation ou pas. Marion et moi ne gardons pas de bons souvenirs de l’école, pour des raisons différentes, et nous ne souhaitions pas faire subir à nos enfants ce que nous avions subi nous mêmes. Ainsi, le choix s’est naturellement orienté vers la non scolarisation.

Une fois la décision prise, il faut l’assumer. C’est là le plus difficile. La première année passe encore. Qu’on fasse louper une année de petite section à son enfant est plus ou moins toléré par la société. Mais pour la deuxième année cela devient plus compliqué. On nous demande maintenant quand on prévoit de la mettre à l’école. « Peut-être à ses 18 ans, si elle a envie de faire des études » ai-je tendance à répondre. Ce choix est emprunt de doutes. Fait-on vraiment le bon choix en ne mettant pas notre enfant à l’école ? Est-ce une bonne chose qu’elle ne soit pas mêlée aux autres enfants ? Bien sûr, Louna nous dit parfois qu’elle a envie d’aller à l’école, comme ses copines. Alors on lui explique qu’elle pourra y aller si elle le souhaite. Par contre, si tel est le cas, on ne pourra pas partir à vélo comme on le prévoyait, ni aller à la mer avec Mamie le jour de la rentrée. On lui demande aussi de se souvenir de ses copains à la musique qui lui disaient qu’elle avait « trop de la chance » de ne pas aller à l’école. Après mûre réflexion, l’école ne lui parait finalement pas être la meilleure option.

Les doutes qui nous ont envahi de temps en temps ont toujours été contrebalancés par des rencontres ou des moments de vie qui nous ont fait pensé que nous avons fait le bon choix. Lorsque le matin je vois les petits voisins aller à l’école alors que mes enfants dorment encore, je me dis que leur rythme est ainsi bien plus respecté. Lorsque je vois Louna passer des heures à faire des câlins à son frère alors que bien d’autres fratries sont séparées par l’école, je me dis que les liens qu’ils tissent aujourd’hui seront bien plus forts que n’importe quels autres. Lorsque je passe devant l’école de notre commune à l’heure de la récréation ou à la sortie des classes, je me dis que notre fille est bien mieux loin de cette agitation créée par les 400 enfants. Je ne suis en effet pas convaincu que ce brouhaha, ce vacarme, facilite la concentration et l’apaisement des enfants. Et puis il y a ces nombreuses discussions, avec des parents d’élèves ou des instituteurs, qui nous font définitivement penser que l’école n’est plus adaptée à la société telle que nous la vivons aujourd’hui. En voici un exemple.

Mercredi 12 septembre 2018. Louna se rend à son premier cours de violon de l’année. Elle vient de passer une semaine à la mer avec sa mamie et c’est pour elle la rentrée, avec toute l’excitation que cela comporte. Il se trouve qu’elle est en pleine période sensible pour la lecture et l’écriture. Elle a commencé à écrire son prénom il y a un mois, et écrit maintenant chaque jour des mots nouveaux. Elle vient également de terminer la lecture de son premier livre. Ce jour-là, elle écrit donc sur un papier son prénom et celui de sa professeur : sabine. Une maman, institutrice de son état, demande à Marion en quelle classe est Louna.

– Elle devrait rentrer en moyenne section.

– En moyenne section ? s’insurge son interlocutrice. Moi, les enfants je les freine quand ils veulent apprendre à lire trop tôt, sinon après ils s’ennuient et je suis contre le fait de faire sauter des classes à des enfants.

Cette simple phrase nous conforte dans l’idée qu’on a, une fois de plus, fait le bon choix pour cette nouvelle rentrée scolaire. Freiner un enfant qui a soif d’apprendre, c’est comme arrêter un cycliste en bas d’une montée alors qu’il avait pris son élan dans la descente la précédent. On lui coupe les jambes et il ne retrouvera que difficilement le rythme dans lequel il était lancé (si par bonheur il arrive à le retrouver).

Une autre maman fait remarquer que sa fille, qui a le même âge que Louna, est elle aussi en plein désir d’apprendre. L’instit tente de la convaincre de ne pas l’encourager dans ce sens. On apprend à lire en CP, un point c’est tout.

Ces quelques minutes sont assez symptomatiques du décalage qu’il existe entre le rythme de l’enfant et ce que lui permet l’école et plus largement la société. Ce qui est d’autant plus dommageable, c’est que les enfants qui sont encouragés dans leur apprentissage naturel, sans sur-stimulation, peuvent être considérés comme des enfants précoces. Il n’en est rien. Dans le cas de Louna, elle a juste cette chance de ne pas aller à l’école, et donc de ne pas être freinée par une institution ou quelques uns de ses représentants (des instits), qui par soucis d’une meilleure homogénéité (qui permet une meilleure gestion de classe), préfèrent freiner des enfants dans leur apprentissage plutôt que de les accompagner dans leurs désirs d’apprendre. Certes, il y a des enfants surdoués, mais bien moins que ce que l’on pense. Par contre oui, il y a des enfants bridés, qui auraient voulu apprendre des choses plus tôt mais à qui on a dit non, tu es trop petit, attend d’être en CP pour apprendre à lire et à écrire.

Alors que Marion parlemente avec la maman instit, Louna revient la voir :

– Maman, 5+5, ça fait bien 10 ?

– Ah parce qu’en plus elle sait faire les additions ? Mais que va-t-elle faire en CP ?

– Elle n’ira probablement pas en CP.

Et là commence un autre débat, celui de la non scolarisation…

Depuis cet épisode, Louna enchaîne les heures de lecture et nous lisons et relisons plus d’un livre par jour. Son état d’excitation est tel que rien d’autre n’est plus important que cette activité. Entre deux livres, il lui faut écrire, des lettres déjà connues ou des nouvelles, pour pouvoir écrire des mots nouveaux et surtout lire plus facilement les livres qu’on lui propose.  Et comme dans le même temps elle veut absolument apprendre à lire l’heure, on aborde la notion de dizaines en mathématiques, notion indispensable pour pouvoir suivre le déroulement d’une journée sur une horloge. Cette période peut être courte mais intense, et il est clair qu’aucun instituteur dans une école classique aurait pu suivre le rythme imposé par notre fille à ce moment donné. C’est pour moi un plein temps. Un adulte pour un enfant du matin au soir. En quelques jours elle a assimilé le programme de presque toute une année…

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