Chapitre 66 : Arrivée sur le troisième continent (Australie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Une boule pèse sur notre estomac lorsque nous embarquons à Denpasar. L’avion s’arrache du tarmac et nous voyons Bali s’éloigner. Ce n’est pas simplement un vol de plus vers le sud ; cette fois-ci nous laissons derrière nous un continent. Nous avons fêté notre année de voyage à Malang, au pied du volcan Bromo. Durant ces douze mois, dix ont été consacrés au continent asiatique. Que s’est-il passé en un an ? L’aventure a été au rendez-vous, même si ces dernières semaines furent un peu difficiles ou parfois ennuyeuses. Que de rencontres, de cultures et de paysages découverts à chaque coup de pédale. Que de bonheurs et de galères vécus au fil des jours. Un peu de pluie en Turquie, du froid en Iran, de la chaleur en France et en Asie du Sud-Est. Quelques larmes versées lorsque la force nous abandonnait, lorsque la douleur se faisait sentir dans une articulation ou au fond de notre âme. Il y a un an nous partions pour un voyage qui devait durer vingt mois, durant lequel nous avions prévu de parcourir vingt-sept mille kilomètres à vélo. Quinze mille kilomètres plus loin, nous réalisons que nos prévisions étaient un peu optimistes. Ce voyage, particulièrement en Asie, a été plus difficile que prévu et parfois même impraticable à vélo. Nous avons tenté de nous adapter en utilisant par moments d’autres moyens de locomotion. Nous ne regrettons aucun de ces choix. Nous poursuivons notre route en dépit de toutes les difficultés et nous sommes prêts à traverser notre troisième continent.

Nous avons entendu beaucoup d’histoires à propos de voyageurs souffrant de la bureaucratie pointilleuse des douaniers australiens. Pour éviter tout problème, nous avons passé trois jours à nettoyer nos affaires en vue du passage de frontière. Par mesure de sécurité sanitaire, il est interdit d’importer en Australie tout produit d’origine végétale ou animale. Fruits et légumes sont proscrits, mais le bois et la boue sont aussi des indésirables. De la boue, nous en avions une bonne quantité sur les vélos, les chaussures et la tente. Nous avons également quelques morceaux de bois sur nos colliers et avec le manche de notre machette. Ainsi, même si nous avons opéré un nettoyage minutieux, nous ne sommes pas pleinement sereins en nous présentant devant les douaniers avec nos cent kilos de bagages…
Après être passés sans encombre devant les chiens douaniers, nous sommes les derniers à nous présenter devant les officiers. L’un d’eux semble découragé à l’idée de passer au crible toutes nos affaires. Il observe rapidement nos vélos, glisse une main sous les garde-boues et lance finalement à Marion :
« Ça a l’air propre !
– Je pense oui. On a passé trois jours à tout nettoyer.
– Ok, vous pouvez y aller. »

Un autre douanier nous demande si nous n’avons rien à déclarer.
« Nous avons du bois.
– Quel type de bois ?
– Un manche de machette.
– Ah. C’est bon, ce n’est pas un problème. Où allez-vous ?
– À Alice Springs, puis Sydney.
– Ok, faites attention à vous. Beaucoup de touristes meurent de soif ou se font dévorer par les crocodiles. Bienvenue en Australie.
– Merci… »
Nous sommes donc en Australie.

Une piste cyclable longe la route principale, les automobilistes respectent les feux rouges et les limitations de vitesse et, comble du bonheur, nous pouvons à nouveau entendre le souffle du vent ! Bref, le changement est radical et ces premières sensations nous font définitivement penser que nous ne regretterons pas l’Asie. Ce sentiment est renforcé lorsque nous nous arrêtons dans le premier supermarché : fromage, pain, vin rouge : tout est là pour combler nos envies gourmandes.

Kingsley habite quelques kilomètres plus loin. Nous avions contacté cet Australien via http://warmshower.org, un site internet qui regroupe une communauté de cyclovoyageurs accueillant gratuitement ceux de leurs semblables qui passent dans leurs parages. Nous restons deux nuits chez lui, le temps de nous habituer à ce nouveau continent. Kingsley habite « en zone urbaine ». Sa maison est située quarante kilomètres au sud de Darwin dans une région qui nous fait plutôt penser à la campagne. Il nous explique que l’espace est pourtant entièrement occupé. Comme tous ici, il possède un terrain de deux hectares au milieu duquel il a construit sa maison. Les voisins sont distants de plusieurs dizaines de mètres et possèdent eux aussi leurs deux hectares réglementaires.
« Tout l’espace est occupé » nous dit-il.
C’est une manière de voir les choses. À Java, l’espace est également entièrement occupé, mais la densité de population est bien différente.

Soucieux de limiter au maximum nos vols déjà trop nombreux à notre goût, nous avons tenu à atterrir à Darwin, à l’extrémité nord du pays. En arrivant le 26 juillet, c’est assez simple : nous n’avons que quarante-deux jours pour parcourir les cinq mille kilomètres qui nous séparent de Sydney où nous prendrons un vol pour Auckland. Pour y parvenir, il nous faudrait donc pédaler cent vingt kilomètres quotidiennement sans aucun repos. Autant dire que la mission est impossible, d’autant plus qu’un vent d’est balaye le pays. Nous y avons pensé avant de prendre notre avion et nous exposons maintenant nos projets à Kingsley.

Nous avions entendu l’histoire de Tony Hawks qui avait fait le tour d’Irlande en autostop avec son frigo (1) et nous avons nous-mêmes expérimenté avec succès cette manière de voyager sur quelques portions de notre voyage, sans frigo mais avec nos deux vélos et toutes nos affaires. Nous avons donc décidé de faire du stop sur les deux tiers du trajet, soit environ trois mille kilomètres. Nous aurons alors le temps de parcourir la distance restante à la force de nos mollets. Kingsley est un peu sceptique quant au bon déroulement de notre plan pourtant bien pensé. Espérons que la chance nous sourira et que les habitants nous transporteront jusqu’à la côte est de leur immense pays…

Que l’aventure australienne commence !

 

(1) Tony Hawks, Round Ireland with a fridge, Audiobooks, 2007.

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