Chapitre 68 : L’art de bien choisir sa route (Australie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Seul celui qui a emprunté la route connaît la profondeur des trous. Proverbe chinois.

Sur la côte est, les distances sont à nouveau plus humaines et nous avons hâte de pédaler à nouveau. Pourtant, le vagabondage cyclopédique est menacé par les automobilistes qui se montrent agressifs à l’égard des vélos. Nous nous étonnons chaque jour de constater une telle différence entre les Australiens très sympathiques que nous rencontrons dans la rue et les mêmes devenus menaçants au volant de leur voiture. Nous souhaitons donc éviter les zones de circulation dangereuse tout en avançant le plus rapidement possible pour arriver à Sydney dans les temps. Onze fois plus grande que la France, l’Australie compte malgré tout cent mille kilomètres de routes en moins et elles sont construites à l’usage exclusif des voitures et des camions. Il n’y a donc pas beaucoup de possibilités et les avantages de certaines routes s’opposent à leurs inconvénients. Faire le bon choix devient un véritable casse-tête qui ne semble pas avoir de solution.

Depuis Brisbane, nous pouvons rouler sur des voies secondaires en évitant la route principale qui longe la Gold Coast. Cet itinéraire nous redonne goût au vélo quand nous traversons avec plaisir des petites villes et de charmantes campagnes. Malheureusement, lorsque la route est plate et traverse de vastes plaines, le vent ne trouve aucun obstacle et nous devons courber l’échine. Nous prions alors pour qu’il cesse. Il se calme seulement lorsque la route s’élève, lorsque les collines le bloquent et nous protègent. Le relief de l’arrière-pays est relativement accidenté et il nous arrive même de devoir gravir des côtes à 19 % qui nous brûlent les jambes. Dès lors, nous aspirons au retour du prochain bout de plat hélas venté. Finalement, chaque montée nous fait espérer du plat et chaque plaine nous fait espérer une montée. C’est ainsi que nous regagnons la côte à Coffs Harbour. Nous sommes maintenant sur la Pacific Highway, l’axe principal reliant Brisbane à Sydney.

Sur cette grande artère, le trafic intense ne nous enchante guère. Apeurés, nous nous réfugions sur une bande plus ou moins cyclable sur le bas-côté. Je dis « plus ou moins cyclable » car il lui arrive de rétrécir jusqu’à disparaître sans crier gare. Pour faire bonne mesure, elle est jonchée de morceaux de verre qui nous obligent à slalomer dangereusement. On nous avait pourtant assuré que seuls les Aborigènes jettent leurs bouteilles vides sur les trottoirs. Il n’y en a pourtant plus, ou très peu, sur la côte est, et les débris de verre sont bien plus importants ici qu’ailleurs. Il y a des mystères inexplicables…

Le danger que représentent les voitures et le risque de crevaisons nous poussent souvent à quitter la Pacific Highway pour nous réfugier sur des axes secondaires. À partir de Gladstone, nous rejoignons par les petites routes et quelques pistes le parc national de Diamond Head qui offre des vues spectaculaires sur les falaises de la côte assaillies par les vagues. Ce qui pourrait être un paradis pour cyclistes ne l’est pas vraiment. Sur la route bitumée, les voitures nous frôlent trop souvent au risque de nous faire tomber. Et lorsque le bitume laisse place à la piste, celle-ci peut être dans un piteux état. C’est le cas à Crescent Head, où le chemin inondé par les dernières pluies nous oblige à nous réfugier sur la plage. Longue de dix kilomètres, cette langue de sable offre une résistance suffisante pour qu’on puisse y pédaler. C’est ce que nous espérons en nous élançant. Mais plus loin, le sable mou nous oblige à descendre de vélo à plusieures reprises pour arriver à Port Macquarie. Comme la plupart des villes australiennes, elle est dotée de nombreuses pistes cyclables. Malheureusement, on ne peut pas parler de réseau ; la discontinuité est la règle et on ne peut pas non plus être encouragé à les prendre car elles sont dangereuses avec une guillotine à chaque intersection ; les cyclistes doivent toujours laisser la priorité aux voitures. Bref, là encore, nous ne trouvons pas notre bonheur.

Nous retrouvons la Pacific Highway à Moorland et la quittons à Rainbow Flat. Nous ne savons toujours pas ce qui est le mieux pour pédaler, entre voie express et petite route, entre bruit et insécurité, entre morceaux de verre et pistes défoncées.
Un ferry nous permet de traverser la baie de Nelson avant d’arriver à Newcastle, une ville portuaire industrialisée. C’est finalement ici que nous trouvons notre bonheur. Guidés par un Australien apparemment désespéré par la conduite de ses concitoyens, nous nous engageons sur une ancienne voie de chemin de fer aménagée pour les cyclistes. Là, enfin, après deux mille kilomètres parcourus, nous découvrons la route idéale. Le relief est plat, de nombreux arbres nous protègent du vent, le bitume est d’une qualité parfaite et nous sommes éloignés de la circulation. Les seize kilomètres de cette voie sont un modèle d’aménagement. Certes, cela ne représente qu’un court répit mais qui ne demande qu’à être multiplié pour faciliter la vie des cyclistes et rendre la découverte du pays plus agréable.

Nous avons été enchantés par ce pays, ses parcs nationaux, ses routes tortueuses, ses gens extrêmement accueillants. Il est vrai que l’errance cyclopédique peut parfois être dangereuse mais les mentalités sont peut-être en train de changer. Des cyclistes rencontrés à Port Macquarie nous disaient que l’année passée, pour la première fois depuis le début de l’ère automobile, les ventes de vélos ont été plus importantes que celles des voitures. Finalement, tout finit par évoluer. D’ailleurs, à Sydney, les aménagements pour les cyclistes sont nombreux et les automobilistes sont plus patients que sur les routes de campagne. Après plusieurs jours de repos passés chez le cousin de Marion à Sydney, nous nous rendons à l’aéroport tout proche en utilisant une piste cyclable parfaitement bien aménagée qui nous conduit directement à notre terminal.

Quelques mois après notre retour en France, nous recevrons chez nous une cyclotouriste autralienne. Lorsque nous lui demandrons si son séjour dans notre pays se déroule bien, elle nous répondra avec un enthousiasme surprenant :
« Les automobilistes français sont sympas, c’est incroyable ! Ils attendent même derrière moi avant de me doubler si une voiture arrive en face ! Je n’ai jamais vu ça en Australie ! »

Un jour, peut-être…

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