Chapitre 50 : Vingt-cinq ans à Varanasi (Inde)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Le 1er mars 2011, Marion fêtera ses vingt-cinq ans. Depuis notre départ de Nadaillat, nous nous demandons dans quel endroit du monde nous célèbrerons cet évènement. Je me remémore le passage de ma vingt-cinquième année célébré à Belgrade en dégustant un vin croate avec deux amies serbes. C’était il y a bien longtemps, le 6 juillet 2006.
Bien loin de l’Europe, nous serons cette fois-ci à Varanasi, une ville dont le nom sonne comme un rêve pour de nombreux touristes et pour des milliers d’hindous qui viennent se purifier dans le Gange. Séjourner dans cette ville sacrée est en soi un cadeau original qui se suffirait à lui-même. Pourtant, tout comme l’anniversaire de nos deux ans de vie commune, nous voulons que cette journée soit un souvenir impérissable. Nous nous souvenons d’un Stambouliote qui m’enviait d’avoir une telle femme, car la sienne pouvait dépenser plus de mille cinq cents euros en achetant trois sacs à main dans un seul après-midi. Même si Marion refuse de se prêter à ce genre de fantaisie, nous tenons à honorer cet évènement comme il se doit sans faire des dépenses somptuaires.

Le voyage lui offre son premier cadeau la veille de son anniversaire : Varanasi est notre dernière étape à vélo dans le sous-continent indien. Depuis Chennai, nous avons parcouru deux mille huit cents kilomètres en seulement vingt-six jours passés sur la selle. Depuis Hyderabad, notre fuite en avant nous a fait dévorer des étapes de plus de cent trente kilomètres. Bref, après une telle épopée, un repos bien mérité nous attend en ce 28 février. Pris dans le rythme du voyage et la nécessité d’avancer, nous avions mal mesuré notre état de fatigue. Pourtant, dès notre arrivée près des ghâts (des escaliers plongeant dans le Gange) une rencontre confirme la nécessité de nous arrêter. En quête d’un hôtel calme et confortable, Marion interpelle le premier touriste venu. En voyant son visage noirci par la poussière et marqué par la fatigue, son interlocuteur, qui se trouve être français, lui demande :
« Tu viens d’où avec ta tête qu’on dirait qu’t’as pris du LSD ?
– Si tu savais… »

Le deuxième cadeau nous vient d’une boutique située à quelques ghâts de notre hôtel où nous dénichons des produits européens. Qu’est-ce qu’une cyclovoyageuse fatiguée après un si long trajet pouvait rêver de mieux pour célébrer ses vingt-cinq ans ? J’ai toujours affirmé que la plus belle chose que l’on puisse offrir à un randonneur était un carré de chocolat. Nous jetons notre dévolu sur une pyramide de Toblerone. Voilà donc un cadeau d’anniversaire bienvenu que je m’empresse d’acheter pour offrir à ma douce le moment venu. J’entends déjà ses amies me dire que je suis bien ingrat de ne lui offrir qu’une simple barre chocolatée. Rassurez-vous, ce n’est pas tout !
Le troisième et dernier cadeau (car je veux gâter Marion) est prévu pour le 1er mars au soir. Chose promise chose due, nous nous offrirons un repas dans un vrai restaurant. Il ne s’agit pas cette fois-ci de se glisser dans un bouiboui au coin d’une rue, affichant avec fierté ses gamelles en inox et son feu à faire rôtir de plaisir n’importe quel chapati. Non, ce soir-là nous nous rendrons dans un restaurant luxueux, avec des serveurs qui nous ouvrirons la porte, qui nous présenterons un menu digne des plus grandes tables et qui ne cracheront pas leur bétel près des gamelles. Bref, un accueil de rêve comme nous n’en avons pas connu depuis notre départ.

Est-ce dû à la subite prise de conscience de se voir vieillir, à la pression d’un tel évènement ou à la décompression, toujours est-il que Marion se réveille le matin du 1er mars avec une diarrhée carabinée. Tout est possible en Inde, surtout les indigestions. On a beau prendre toutes les précautions possibles, ne boire que de l’eau filtrée, se laver les mains plusieurs fois par jour, on ne peut jamais être sûr de la qualité hygiénique de ce qu’on ingurgite ni des capacités de digestion et d’acceptation de notre organisme. Marion passe le jour de ses vingt-cinq ans entre son lit où la fatigue ne la motive pas à se lever pour aller aux toilettes, et en ces lieux où les crampes du ventre lui font redouter son retour au lit. Je me retrouve avec la difficile tâche de devoir manger la barre de chocolat tout seul. Quant au restaurant, Marion me jure que ce n’est que partie remise. Dehors, imperturbable, le Gange coule tranquillement. Véritable égout à ciel ouvert, il reçoit avec indifférence les offrandes de Marion.

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