Chapitre 53 : Le petit Tibet indien (Inde)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Ne prenez pas à la légère les plus petits actes de bien. Les gouttes d’eau en s’ajoutant remplissent une immense jarre. Patrul Rinpotché.

Denis Lepoupon est le PDG de Proludic, une société qui fabrique des aires de jeux. Sensible à notre action de promotion du don du sang, il a souhaité nous apporter un soutien financier pour mener à bien notre aventure. Le hasard et la combinaison de nos emplois du temps respectifs ont fait que nous partons ensemble pour une semaine au Ladakh. Proludic a envoyé six balançoires au Village d’Enfants Tibétains (TCV) de Choglamsar situé à huit kilomètres de Leh. Cette structure est financée par l’association « Aide à l’Enfance Tibétaine » qui aide les réfugiés à survivre en Inde. Proludic parrainant quatre enfants, notre voyage était un excellent alibi pour nous rendre sur ces hautes terres.
Le contraste est saisissant entre cette région himalayenne et le reste du pays. Tout d’abord, la température est encore hivernale. La neige recouvre les sommets qui nous dominent et la fraîcheur s’insinue jusque dans notre lit, pourtant recouvert de six couvertures. Nous ressortons les bonnets, écharpes, polaires et vestes que nous n’avions pas utilisés depuis l’Iran. Nos promenades se font au rythme lent de nos globules rouges asphyxiés ; l’oxygène nous manque lorsque nos pas nous portent jusqu’à un temple perché à 4 500 mètres d’altitude.

En plus d’installer deux balançoires, nous profitons du peu de temps dont nous disposons pour essayer de comprendre un peu plus la cause tibétaine. Tenzin Rabten, le secrétaire du TCV, nous explique la situation des réfugiés. Depuis le soulèvement de Lhassa le 10 mars 1959 pour lutter contre l’invasion chinoise, près de cent vingt mille d’entre eux ont dû fuir leur région pour s’exiler, en partie au Népal et en Inde. Ce pays accueille des réfugiés en Himachal Pradesh, en Uttarakhand, en Orissa, au Sikkim, au Karnataka et au Ladakh. Cette dernière région, appelée aussi « le petit Tibet indien » à cause des ressemblances géographiques et de la même religion, le bouddhisme, accueille plus de sept mille cinq cents réfugiés.

Leur survie ne tient qu’à l’aide des Occidentaux. Toutes les constructions, des écoles jusqu’aux maisons servant d’internat pour les enfants de nomades, ont été financées par des dons extérieurs. Tenzin Rabten est évidemment très sensible à cette solidarité exprimée partout dans le monde en faveur des réfugiés. Pourtant, il nous explique qu’ils n’ont pas d’avenir. En effet, si l’Inde les accueille, ils ne sont tout de même pas libres. Ils n’ont pas de travail sur place, ne peuvent ni être propriétaires, ni s’installer où ils le souhaitent, ni se déplacer librement, ni accéder aux professions réservées aux Indiens. Ils sont donc sur une terre où ils ne peuvent faire aucun projet. De plus, asphyxiée par la pression chinoise, leur culture, qui est une des plus anciennes du monde, est vouée à disparaître au Tibet. Là-bas, ils ne demandent pourtant pas l’indépendance, mais seulement la possibilité d’exprimer librement leur culture, qui ne survit qu’à l’étranger grâce à des structures comme le TCV, fondé en 1960 par Jetsun Pema, la sœur cadette du XIVème Dalaï-lama. Il gère aujourd’hui l’éducation de seize mille enfants en Inde. Jusqu’en 2008, le TCV recevait chaque année plus de mille enfants qui traversaient la montagne. Mais depuis les Jeux Olympiques de Pékin, la frontière est fermée et ils ne sont plus que deux cents à la traverser annuellement.
Les mille quatre cents salariés du TCV ont pour souci de continuer à transmette leur culture aux enfants, à les éduquer et les instruire. Nous rencontrons des élèves polis, disciplinés et aussi reconnaissants de l’aide qu’ils reçoivent.

Nous faisons connaissance avec Tenzin, quatorze ans, qui a voulu quitter ses études pour entrer dans l’armée. Son jeune âge lui a valu un refus et il doit maintenant trouver un nouveau parrain pour être autorisé à reprendre ses études. Adhérente de l’association Auvergne Mainpat Tibet, Marion a toujours été sensible à cette cause et projetait de parrainer un jeune dès qu’elle en aurait la possibilité ou l’occasion. Ici, cela consiste à aider financièrement un enfant à hauteur d’un euro par jour pour qu’il puisse être nourri et logé tout en suivant une scolarité au sein du village. La devise au Ladakh étant « Come to learn, go to serve » (viens pour étudier, va pour servir), ce parrainage est un moyen de contribuer, même modestement, à la préservation de la culture tibétaine par le biais de l’éducation d’un enfant. Nous rencontrons notre filleul dans le bureau de Tenzin Rabten. Le secrétaire du village lui explique que nous allons l’aider à poursuivre ses études. Nous sommes conscients que, comme les six balançoires apportées par Proludic, c’est « une goutte d’eau dans l’océan des besoins, mais (peut-être) une goutte d’eau qui aurait manqué à l’océan si elle n’avait pas été là » (Mère Teresa). C’est aussi pour nous une façon de répondre à notre coup de cœur pour cette région et pour le peuple tibétain qui, en quelques jours, a su effacer de nos cœurs toute la fatigue accumulée par les cent jours passés en Inde.

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