Chapitre 37 : Premier de l’an en Auvergne (Inde)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

L’Auvergne, c’est un secret plus qu’une province. Elle vous tourmente toujours d’un tendre songe. C’est quand on l’a trouvée qu’on la cherche le plus. Alexandre Vialatte.

Dès notre arrivée à l’aéroport nous cherchons du regard mes parents. Nous les apercevons enfin, souriants malgré la fatigue du voyage depuis l’Auvergne. Ceux de Marion n’ont pas pu venir mais nous les reverrons très vite. Nous nous enlaçons, heureux de nous retrouver après six mois passés loin les uns des autres.
Cela fait plusieurs jours que Marion rêve de truffade et de saint-nectaire fermier. Notre séjour en Iran a aussi attisé notre désir de saucisson et de vin rouge. Très vite, nous renouons avec notre région. L’Auvergne nous manquait tant qu’il devenait presque vital de la revoir. Le saint-nectaire est comme nous l’espérions : il dégouline et fond dans notre bouche. Nous avions oublié sa texture tout autant que ses qualités gustatives et nous nous délectons tels des enfants avec une tartine de confiture après une longue balade à vélo. Nous fermons les yeux et son arôme si particulier nous transporte sur le haut plateau du Cézallier. S’il est recouvert d’un bon mètre de neige à cette période de l’année, il sera jonché de jonquilles puis de narcisses et accueillera des milliers de bovins dès le printemps prochain. Dans les burons épars au milieu des collines sculptées en dos de baleine mûrissent encore quelques fromages comme celui-ci. À 1 317 mètres d’altitude, au col de Vestizoux, nous devinons le volcan du Puy-de-Dôme dépassant d’une tête la chaîne des Puys. À ses pieds, notre maison de basalte est construite au centre du village de Nadaillat, paisible bourgade où les enfants jouent et courent dans la rue du lavoir et se font leurs premiers bobos en apprenant à faire du vélo ou du patin à roulettes. Le village se transforme peu à peu en raison de sa proximité avec la capitale régionale. Village dortoir de Clermont-Ferrand, il ne reste qu’une poignée de paysans et parmi eux, Paulette. Cela fait plus de cinquante ans que notre voisine se lève à 4h00 du matin pour traire ses chèvres et les connaisseurs viennent de loin pour déguster ses fromages. Elle en a confié quelques exemplaires à nos parents et à en croire leur odeur, ils sont à point.
Déguster ce fromage de chèvre avec de la crème de châtaignes est un délice. Non loin de l’Auvergne, sur des accoles ardéchoises dignes de la vallée d’Howraman, Anne et Fabien produisent des mets de qualité ; leur confiture de châtaignes est une œuvre d’art. Nos amis de la ferme de l’Esquirolle forment avec Paulette une équipe remarquable à laquelle nous devons de savoureux festins.
Après ce petit encas fromager, suavement sucré, nous pouvons apprécier le saucisson. En Turquie nous avons goûté la saucisse de Kangal et depuis, nous ne supportons plus aucune contrefaçon et c’est pourquoi nous le voulons pur porc ! Nous savourons d’autant plus notre charcuterie de terroir qu’elle nous a bien manqué. Bien sûr, il convient de manger notre saucisson en buvant un bon vin. Depuis le 16 novembre dernier, celui des Côtes d’Auvergne a été classé en AOC. Le tire-bouchon est posé sur la table et il faut peu de temps avant de lever les coudes à la bonne santé de notre région. Malgré cette appellation, le vin auvergnat n’est ni des plus renommés ni des meilleurs et nous peinons à croire qu’il parviendra un jour à concurrencer les Bordeaux ou les Bourgognes. Par bonheur nous pouvons compter sur Paulo et Josette, les voisins de Paulette. Il ont fait de la verveine leur spécialité. Il ne s’agit pas ici d’infusion mais d’alcool fort servant de digestif. Une fois la bouteille sortie du congélateur, les 45° glissent délicieusement dans le gosier. Un petit schlouk et le repas est terminé.

Notre seul regret est de devoir déguster ces produits avec des chapatis (pains indiens) mal assortis à la gastronomie auvergnate. En nous rejoignant à Chennai pour passer les premiers jours de l’an avec nous, mes parents ont oublié de glisser une miche de pain dans leurs bagages. Cela ne nous empêche pas d’écrire une nouvelle page de notre vie.
Bonne année 2011 et longue vie à l’agriculture auvergnate, à ses traditions, à sa gastronomie et à ses voisins ardéchois.

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