Chapitre 38 : Deux semaines en Inde (Inde)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Mes parents nous ont rejoint à Chennai et passent trois semaines en notre compagnie. Durant leur séjour nous louons une voiture et parcou-rons plusieurs centaines de kilomètres entre les régions du Tamil Nadu et du Kerala. Ces quelques jours nous permettent de nous faire une petite idée de ce pays grand comme six fois la France.

Réputée très pauvre, l’Inde nous surprend ici par l’abondance de ses productions. Bananes, dattes, noix de coco, ananas, goyaves, cannes à sucre ; les fruits abondent, les rizières s’étendent à l’infini vers Allepey, les plantations de thé recouvrent des montagnes entières vers Munnar où le chocolat et le café poussent aussi à profusion. Les bois précieux, le teck, le bois de rose, le santal poussent dans les forêts tropicales autour de Kumeli et de Munnar. Dans ces écosystèmes variés vivent éléphants, crocodiles, léopards, singes et oiseaux divers sans oublier vaches, chèvres et moutons. L’exubérante végétation nous impressionne d’autant plus qu’elle contraste avec les paysages rencontrés précédemment. Depuis l’Anatolie, nous n’avons pas traversé de vraies forêts et les différents déserts iraniens étaient bien arides. Le séjour dans le sud de l’Inde nous permet de faire le plein de chlorophylle ; nous en avions besoin. Qu’il est bon de voir la nature s’exprimer ainsi dans de tels espaces.
La beauté des montagnes et rizières s’enrichit de quelques joyaux architecturaux, tels les temples hindous aussi majestueux que colorés. Leurs façades grandioses élevées dans le ciel sont la plupart du temps recouvertes de sculptures vivement colorées. Ce sont ces mêmes couleurs flamboyantes que l’on retrouve sur les saris dont les femmes se vêtent, ou encore sur les façades des maisons, les camions et les autorickshaws (des tricycles motorisés).

Malheureusement, l’Inde est aussi un pays très sale. Il est surprenant de voir les très belles femmes indiennes vêtues de si jolis vêtements, déambuler dans des rues fangeuses où les hommes et les animaux dé-fèquent, où la pollution règne, où les déchets s’amoncellent. Cette crasse que nous avons constatée à Chennai se retrouve partout dans des pro-portions insensées. Les plastiques jonchent les bas-côtés, les rues sont encombrées de boue ou de déchets en tous genres, les rivières drainent de l’eau marron ou noire, les mares attirent les mouches par milliers. Du matin jusqu’au soir nos sens olfactifs sont envahis par des effluves pesti-lentiels jusque-là inconnus, à la limite du supportable. Ces ordures per-manentes empestent l’Inde qu’évoquait Pasolini lors de sa visite en 1961. L’« odeur de pauvres nourritures et de cadavre » qui en émanent pro-pagent « un continuel souffle puissant qui donne une sorte de fièvre ». Depuis, les temps ont changé mais en pire. Aux émanations organiques, aux excréments, aux eaux stagnantes, aux végétaux en décomposition et aux animaux en état de putréfaction s’ajoutent les gaz d’échappement de millions de moteurs usés. L’air relativement pur que l’on peut respirer sur les hauteurs de Munnar est une denrée rare ailleurs qu’il nous sera difficile de retrouver pendant les trois prochains mois que nous passerons sur les routes de ce pays.

Comment ne pas évoquer la circulation ? Chaotique, elle n’en est pas pour autant dangereuse. À première vue, on peut se demander comment les Indiens arrivent à se déplacer sur ces routes sans créer plus d’accidents. Finalement, une fois qu’on s’accoutume au bruit et aux odeurs d’essence, on finit par se sentir à l’aise au milieu de la cacophonie ambiante. Le klaxon est sans aucun doute l’élément le plus important des véhicules, bien plus que la pédale de frein ou le clignotant. Le code de conduite informel demande à ce que chacun signale sa présence et ses intentions de doubler par un avertissement sonore. Nous pouvons même lire à l’arrière des camions ou camionnettes les inscriptions Sound horn please (klaxonnez s’il vous plaît). C’est la seule règle de conduite en vigueur. Les véhicules roulent aussi bien à droite qu’à gauche, le clignotant n’est pas d’usage courant même s’il est parfois remplacé par un bras tendu, le concept de distance de sécurité est évidemment inexistant. Pourtant chacun respecte l’autre et cède sa place ou double selon ses capacités. Dans les villes, les carrefours ne sont pas encombrés de voitures arrivant de toute part comme c’est le cas dans chacune des villes iraniennes. Armés d’un simple bâton, les policiers en charge de la circulation sont d’une efficacité surprenante et parviennent à arrêter d’un simple geste plusieurs files de véhicules avides de goudron. Bref, dans le désordre général de la circu-lation, les Indiens sont disciplinés, à l’exception des chauffeurs de bus qui sont les rois sur la route comme dans tous les pays. Irrespectueux par nature, ils semblent les seuls capables de nous écraser sans scrupule…

La population se montre très accueillante et pleine de bonnes inten-tions. Par exemple à Allepey, alors que nous remercions un homme qui nous cède sa place devant l’unique poste internet, il nous répond en souriant :
« C’est moi qui vous remercie de venir visiter mon pays. »
Des enfants viennent spontanément nous saluer d’un « welcome in India » en nous serrant la main, puis repartent jouer au cricket dans les rues. D’autres nous tendent les bras en poussant des « hi ! » enthousiastes. Les passants, courtois, nous sourient lorsque nous les saluons et nous aident à nous orienter dans les ruelles de la ville. Un homme pause devant notre caméra en faisant des singeries, puis nous souffle un baiser de la paume de la main. Le contact chaleureux avec la population est sans aucun doute ce que nous avons le plus apprécié, mis à part dans les lieux touristiques. En effet, ce périple dans le sud nous incite à nous éloigner autant que possible des endroits réputés où la population semble plus agressive. Cela nous conforte dans notre choix de locomotion ; nos vélos vont nous permettre d’aller là où peu d’autres Occidentaux se rendent.

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