Chapitre 32 : Un Auvergnat à Ispahan (Iran)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Ispahan c’est exactement l’émerveillement qu’on nous en promettait. Elle vaut à elle seule le voyage. Nicolas Bouvier.

Dès notre entrée en Iran, Ispahan était notre objectif. La ville est la plus belle du pays, mais pour nous ce seront surtout les retrouvailles avec un ami cyclotouriste qui nous attirent.

Gaël est parti de notre jardin de Nadaillat le 5 juillet 2009, soit un an moins un jour avant nous. Même s’il est auvergnat, c’est au Pérou que nous avions réellement fait connaissance lorsque j’avais escaladé le volcan Misti avec lui et son ami Yves. Cette fois-ci, Gaël est parti seul avec pour but d’aller en Chine à vélo. Mais le voyage est fait d’imprévus et il ne verra jamais l’empire du Milieu. En février dernier, il avait dû rester trois semaines à Téhéran pour demander ses visas. Il a finalement succombé aux charmes de Farnaz, une Iranienne parfaitement francophone qui l’ac-compagne désormais. Tous deux nous retrouvent à notre auberge. Malgré l’interdiction de faire du vélo, Farnaz a été initiée par son amoureux et compte nous suivre durant les prochains kilomètres.

Nous passons les jours suivants en leur compagnie. Nous évoquons nos péripéties respectives et nos futurs projets tout en visitant les nombreux ponts de la ville, la place Naghsh-e Jahan avec ses deux mosquées et le bazar. Ispahan est une ville idéale pour se reposer quelques jours. Son architecture de toute beauté mérite la notoriété dont elle bénéficie. Elle offre aussi quantité de jardins que les Iraniens envahissent les week-end et jours fériés pour pique-niquer en famille. Nous y passons beaucoup de temps, appréciant la verdure et l’absence des voitures.

Gaël dispose d’un visa de trois semaines avant de retourner en France revoir les siens après un an et demi d’absence. Farnaz et lui ont décidé de nous accompagner durant plusieurs jours jusqu’à Kerman. Notre quatuor s’engage sur les pistes à travers les régions désertiques entre Ispahan et Yazd. Malheureusement, si une histoire d’amour entre deux jeunes Iraniens n’est déjà pas simple, la chose est davantage compliquée lorsqu’il s’agit d’une relation entre une Iranienne et un étranger. Nos amis sont, administrativement parlant, à un moment crucial de leur relation. Comme Gaël a de plus en plus de difficulté à obtenir un visa iranien, Farnaz a tenté sa chance auprès de l’ambassade de France et a essuyé deux refus. Elle a pensé faire une demande de visa canadien mais cela comporte un risque : un refus la compromettra pour toute demande dans n’importe quel autre pays. Bref, nous étions heureux de les retrouver, mais nous les trouvons soucieux et peu disponibles. Finalement c’est après plusieurs jours de vélo en notre compagnie qu’ils trouvent la solution : le mariage. Comme le temps presse et que leur esprit n’est pas vraiment à l’escapade cyclopédique, ils nous abandonnent après Yazd et filent à Téhéran pour préparer papiers administratifs, rendez-vous consulaires et autres forma-lités indispensables.

Un peu déçus mais compréhensifs, nous nous quittons le 30 novembre 2010. Après tout, si la route est assez facile et prévisible pour nous, pour eux débute une épopée semée d’embûches. Gaël doit se convertir à l’islam s’il veut épouser une Iranienne musulmane. Par bonheur, il a pu échapper au bistouri et a simplement eu à jurer sur la tête du Prophète qu’il avait été circoncis dans les règles de l’art, sans qu’aucune autorité compétente ne vienne vérifier. Ensuite, il a dû demander un certificat de capacité de mariage, revenir en France avant expiration de son visa, refaire une demande de visa iranien et se rendre ensuite auprès de sa fiancée. Là, il fallait l’autorisation du père de Farnaz pour obtenir l’accord du ministère de l’Intérieur iranien. Il dût également se soumettre à un dernier interrogatoire un peu musclé dans un bureau de police.

Ce n’était pas tout ! Parmi les nombreuses démarches, ils ont dû faire traduire des documents officiels dans les deux langues et enfin inscrire leur mariage sur les registres de l’état civil français à l’ambassade d’Iran. Cette procédure a été suivie d’un nouvel interrogatoire, puis d’une de-mande de visa français pour Farnaz qui a dû prier Allah pour obtenir le bon vouloir des autorités de notre pays. Finalement, elle verra le plancher des vaches rouges le 1er octobre 2011, soit dix mois après le début des procédures. Elle a failli perdre son mari dans l’histoire, Gaël ayant été blo-qué en Iran au prétexte qu’il lui manquait un visa de sortie.

Entre-temps, nous avons traversé l’Inde, l’Asie du Sud-Est, l’Australie et sommes arrivés en Nouvelle-Zélande. À ceux qui disent que nous sommes courageux de parcourir le monde à vélo, nous répondons qu’il est bien plus difficile de tomber amoureux d’une Iranienne.

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