Chapitre 70 : Sédentarisation


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Sans qu’on le veuille, la vie s’est organisée. On s’installe dans le quotidien. Alors les jours redeviennent monotones et lisses, et glissent les uns sur les autres. La vie n’est longue que pour les nomades. Henri Fauconnier.

Après un court arrêt chez mes amis Kim et Blair rencontrés en 2005, puis un autre un peu plus long chez Brian et Rachel, nous nous installons finalement à Henderson chez Barbara, une amie de Kim. C’est là que nous posons nos sacoches et entamons notre nouvelle vie de sédentaires. Selon le petit Larousse, est sédentaire celui « dont l’habitat est fixe ». Il s’opposerait au nomade « dont le mode de vie comporte des déplacements continuels ». À n’en pas douter, nous allons être sédentaires pendant trois mois. Nous voyons dans ce changement de statut non pas la monotonie évoquée par Henri Fauconnier, mais au contraire l’excitation d’un nouveau volet de notre voyage. Bien plus que le simple fait d’avoir un domicile où nous dormons chaque nuit, la sédentarisation se manifeste de différentes manières.
Nous commençons par changer de garde-robe. Cela fait des semaines que nous rêvons de porter un blue-jean. Nous rangeons au placard nos tenues de voyage déchirés et enfilons un pantalon en coton. Nous apprécions très vite cette sensation nouvelle, celle de se glisser dans un vêtement soyeux qui épouse les formes de nos fesses et de nos cuisses.
Être sédentaire, c’est pouvoir cuisiner de bons petits plats. Il ne s’agit plus d’installer notre réchaud à bois pour faire cuire du riz ou des pâtes et préparer une tambouille de légumes. Non, nous pouvons à présent nous mijoter des quiches lorraines, des pizzas, des lasagnes et faire notre pain.
Être sédentaire, c’est aussi avoir un matelas plus épais que notre Thermarest de quatre centimètres d’épaisseur et cinquante de largeur. Nous pouvons maintenant savourer la douceur d’une literie plus épaisse et confortable posée sur un support non caillouteux. Nous pouvons également contempler le même paysage tous les matins. Nous apprécions nos chaises, la table, le lit ; ces meubles qui paraissent bien anodins nous apportent un confort appréciable pour lire, écrire et manger.
Être sédentaire, c’est travailler. Pendant trois mois, nous nous astreignons à écrire ce livre et à monter le film. Les journées débutent à 8h00 et se terminent à la nuit. Même si le rythme que nous nous imposons est contraignant, nous y prenons plaisir, surtout après un an de voyage.
Être sédentaire, c’est faire du sport. Les vélos rangés au garage et les longues heures passées devant l’ordinateur nécessitent que, trois fois par semaine, nous allions à la piscine pour nous défouler. Il m’aura fallu un long voyage à vélo pour apprendre à nager…
Être sédentaire, c’est faire des activités chacun de son côté. Tous les matins pendant un mois, Marion s’absente quelques heures pour prendre des cours d’anglais. Lorsqu’elle revient, nous nous asseyons sur le canapé et discutons de choses et d’autres. Nous ne nous sommes jamais séparés en quatorze mois. Nous n’avons donc jamais eu à nous interroger l’un l’autre. Nous avons été ensemble à chaque rencontre, devant chaque paysage, dans chaque galère. Aujourd’hui, nous redécouvrons le plaisir des séparations et retrouvailles, la douceur des moments passés à discuter, une tasse de thé à la main, attentifs et curieux de nos deux récits.
Être sédentaire, c’est partir en week-end. Lorsque la semaine a été bien remplie, nous nous évadons d’Auckland et partons explorer les environs. Une escapade dans le Northland nous permet de découvrir cette région reculée encore recouverte de kauris, les plus grands arbres de Nouvelle-Zélande. Une autre excursion au centre de l’île du nord nous fait apprécier les paysages spectaculaires du parc national de Tongariro. Enfin, durant nos déplacements à Wellington ou Auckland, nous pouvons suivre l’avancée de l’équipe de France de rugby dans la coupe du monde.
Être sédentaire nous permet aussi d’être immergés plus profondément dans la culture du pays. Nos traversées plus ou moins rapides nous condamnaient au survol des cultures de nos hôtes. À présent que nous nous installons pour quelques mois à Auckland, il nous est plus facile d’approfondir nos connaissances. Et par exemple, la Nouvelle Zélande est connue pour être fanatique de rugby. La coupe du monde qui s’y déroule du 9 septembre au 23 octobre va nous permettre d’en vérifier l’exactitude.
Car enfin, notre sédentarisation, ici au bon moment, nous met au cœur d’un évènement d’importance mondiale.

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