Chapitre 72 : The best of the world (Nouvelle-Zélande)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Le complexe d’infériorité est une impression pénible d’être inférieur à la normale ou à un idéal désiré soit dans un secteur déterminé soit dans tous les domaines. Sutter, manuel de psychiatrie.

Appelée « la petite île » par les Australiens, la Nouvelle-Zélande est en effet de taille réduite. Lorsque vous parlez avec ses habitants, tous vous disent à un moment de la conversation :
« La Nouvelle-Zélande est un si petit pays vous savez. »
À mesure que les semaines passent, nous nous rendons compte que les Néo-Zélandais semblent être atteints d’un complexe d’infériorité par rapport à leurs voisins australiens et, plus largement, par rapport à la terre entière.
Selon le psychothérapeute autrichien Alfred Adler, les personnes atteintes d’un complexe d’infériorité peuvent le « surcompenser sous la forme d’un effort exagéré de valorisation » . Une grande proportion de Néo-Zélandais semble être touchée. Les performances des All Blacks influent sur la plus ou moins bonne humeur des habitants et leur état d’esprit outrancier se mesure à l’exagération quasi systématique des descriptions qu’ils font, par exemple, de leurs paysages ou de certains aspects de leur société. Le Tongariro crossing est pour eux « la meilleure randonnée au monde ». Nous y sommes allés et n’avons pas pu voir le bout de nos chaussures. Peut-être auraient-ils dû simplement écrire qu’il s’agit d’une « belle balade lorsqu’il n’y a pas de brouillard ». Plus au sud, Queenstown s’est autoproclamée « capitale mondiale de l’aventure ». On y trouve quantité d’activités tel que Jet-Ski, jetboat, saut en parachute, tours en hélicoptères, balades en quad ou en 4×4. Pour nous l’aventure avait jusque-là une autre signification, bien loin de ces activités motorisées qui n’ont d’aventure que le frisson procuré par un risque potentiel pourtant très faible. Le Taieri gorge Railway est « un des trajets en train parmi les plus beaux au monde ». Nous le prenons à Middlemarch pour rallier Dunedin. Je suppose que si le panorama était vraiment spectaculaire, il y aurait moins de dormeurs affalés sur les banquettes, à l’image de Marion que je n’ose pas réveiller pour lui faire part de mes réflexions. Dans un autre domaine, Michael Fay affirme que « la Nouvelle-Zélande possède les meilleures fermes laitières au monde » et bien sûr, par-dessus tout, le pays se vante d’être « 100 % pur », sous-entendu le plus propre et écologique au monde.

Faudrait-il donc que la Nouvelle-Zélande « grandisse » pour rassurer ses habitants ? Selon Chris, un ami habitant à Wellington, la population devrait au moins doubler pour que le pays puisse espérer se développer correctement. En effet, sa faible densité occasionne des frais élevés pour toutes les infrastructures de transport ou de communication et freine ainsi son développement. Elle contribue ainsi au sentiment d’être petit. Lorsque nous en parlons à d’autres Kiwis, aucun ne supporte cet argument. Ils aiment être au milieu de grands espaces et ne souhaitent pas être plus nombreux à en profiter. Nous les comprenons dans un sens ; c’est une grande richesse de pouvoir vivre dans un cadre aussi champêtre. Mais alors le pays restera toujours « petit » et ses habitants seront toujours partagés entre la volonté d’exister aux yeux du monde, et le sentiment de se sentir parfois insignifiants à l’échelle du globe…

Le complexe d’infériorité semble être contagieux. À Auckland, Marion entend des Français parler à ses côtés et se mêle à la conversation :
« Eh bien, il y a beaucoup de Français en Nouvelle-Zélande », lance-t-elle.
« Oui, mais ce sont les meilleurs qui sont expatriés ici.
– Pardon ?
– Eh bien oui, nous sommes les meilleurs. Vous n’êtes pas la meilleure dans votre région vous ?
– … »

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