Chapitre 75 : 100 % pure New Zealand (Nouvelle-Zélande)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Nous décrire comme propres et verts est 100 % fantaisiste. Nandor Tanczos, député néo-zélandais du Green Party.

En 1999, le gouvernement met en place une campagne publicitaire appelée « 100 % pure New Zealand ». L’idée était de développer le tourisme pour en faire un pilier de l’économie. À partir de ce moment, le pays apparaît au monde entier comme propre, pur et préservé. Ce slogan, simple et efficace, est rapidement devenu sa marque de fabrique. L’année suivante, le nombre de visiteurs augmente de 10 % et les revenus associés de 20 %. Très vite, le pays est devenu une destination recherchée par les amoureux de la nature, des grands espaces, de l’eau et de l’air frais. Alors qu’elle ne recevait que 1,6 millions de touristes en 1999, ils étaient 2,4 millions à s’y rendre en 2008.
Des affiches « 100 % pure » nous mettent dans l’ambiance dès notre arrivée à l’aéroport et, au vue des paysages éblouissants que compte le pays, c’est presque crédible. Pourtant, durant mon premier séjour en 2005, j’avais déjà été surpris du décalage entre l’idée que j’en avais et la réalité. Six ans après, les choses n’ont pas l’air d’avoir beaucoup évolué ; elles ont peut-être même empiré.

Fred Pearce délivre son « prix pour le pays le plus éhonté de la communauté internationale en terme de protection de l’environnement (…) à la Nouvelle-Zélande, un pays qui se vend au monde entier comme propre et vert » (1). Ce journaliste anglais précise qu’elle s’était fixé comme objectif au protocole de Kyoto de ne pas augmenter ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2010. Or, les dernières statistiques montrent qu’elles ont augmenté de 22 %, et même 39 % si l’on tient seulement compte des émissions provenant de la consommation d’essence. Ces chiffres s’expliquent par le fait que « la Nouvelle-Zélande extrait de ses mines du charbon de moins en moins bonne qualité pour brûler dans ses stations électriques. Elle est le troisième au monde pour le nombre de voitures par personne (2). Et, avec plus de vaches que d’habitants, les émissions de gaz à effet de serre représentent la moitié de la production totale du pays. » Si nous n’avons pas eu l’occasion de visiter de mines de charbon, il nous est cependant assez facile de débattre sur les deux autres points.

Les trois mois passés en périphérie d’Auckland nous ont permis de constater la densité de la circulation. Nous nous sommes également heurtés à la difficulté d’utiliser les transports en commun. Rares et peu efficaces, ils rendent les trajets à l’intérieur de la ville pénibles et longs. Les Kiwis préfèrent utiliser leurs véhicules personnels, qui sont généralement de grande taille. De ce fait, seuls 2,5 % des déplacements sont effectués en transports publics.
En cette période estivale, nous nous faisons doubler par de nombreux 4×4 tractant des bateaux. Les Néo-Zélandais traversent ainsi le pays pour aller faire du Jet-Ski au pied des montagnes. Ils sont d’ailleurs en concurrence avec les jetboats, une invention nationale qui est source de fierté bien qu’elle soit classée parmi les moyens de transport maritime les plus énergivores. Entre les Jet-Skis, les pêcheurs et les jetboats, trouver une berge sans entendre le bruit d’un bateau devient un exploit. Nous avons souvent dû nous éloigner des lacs pour pouvoir nous reposer dans des endroits calmes, celui de Queenstown étant sans conteste le plus bruyant. Les parcs nationaux qui recouvrent vingt-cinq mille kilomètres carrés, soit 10 % du territoire, sont connus dans le monde entier. En nous baladant dans le parc national de Tongariro, de Westland Tai Poutini ou celui de Fjordland, nous avons certes apprécié les volcans du premier, les glaciers du deuxième et les fjords du troisième. Mais de nombreux hélicoptères transportant des touristes survolent ces zones protégées. Les scenic flights font partie intégrante du paysage touristique en dépit de leurs émissions de CO2…
En résumé, il est facile de constater que les habitants, d’une façon générale, n’ont pas encore pris conscience de l’impact d’une telle consommation de pétrole sur l’environnement. Entre 1990 et 2006, elle a augmenté de 64 %, plaçant le pays en cinquième position parmi les membres de l’OCDE (3) pour les émissions de dioxyde de carbone par habitant. Il devrait rattraper les États-Unis d’ici 2020.

L’élevage est un autre domaine. Dire que le pays est « vide » est une erreur car il est en réalité surpeuplé de bovins, ovins ou cervidés. Avec un cheptel de plus de quatre millions de vaches laitières réparties en douze mille fermes, la Nouvelle-Zélande est le premier producteur laitier au monde. À l’heure de la traite, les vaches alignent les longues files de leurs mamelles généreuses. Les troupeaux peuvent compter mille cinq cents têtes. En plus des vaches laitières, on compte près de quarante millions de brebis, plus de quatre millions de vaches allaitantes, un million et demi de cerfs, quelques millions de porcs et de poulets. En tout, le pays possèderait près de cent millions de têtes de bétail qui rejetteraient chaque année trois cents millions de tonnes d’effluents dans l’environnement. Petit pays, la Nouvelle-Zélande peine à nourrir tout ce bétail et a développé des méthodes qui vont à l’encontre de l’environnement. En pédalant dans la région de l’Otago ou de Canterbury, nous sommes surpris de voir autant d’aménagements destinés à l’irrigation (les plus grands au monde nous disent avec fierté certaines personnes rencontrées). Quantité de tour-niquets jettent en plein soleil de midi l’eau pure des lacs quand il ne s’agit pas du purin provenant des élevages alentours. Ces techniques d’irrigation mal maitrisées occasionnent un gaspillage important de la ressource et produisent une forte pollution des rivières déjà chargées de matières provenant des déjections animales. Selon Nicola Tokai, « les élevages laitiers contribuent à rendre 96 % des rivières de plaines dangereuses à la baignade, 43 % des lacs sont pollués, les deux tiers des poissons d’eau douce programmés à une extinction d’ici 2050 » (4). L’agro-industrie produit environ quatre fois plus de fumier que ce qu’elle pourrait utiliser, sans compter le rejet de trente-trois millions de tonnes de méthane par les vaches et brebis chaque année. L’agriculture néo-zélandaise répand en proportion deux fois plus de fertilisants que les États-Unis, soit 220 % de plus que la moyenne mondiale. Elle utilise également le double de pesticides par hectare par rapport aux États-Unis. Tous ces excès se retrouvent inévitablement dans les lacs et cours d’eau, 100 % toxiques (5). Un Kiwi rencontré près de Dunedin nous disait qu’il n’osait plus se baigner dans les rivières alors qu’il avait pour habitude d’y pêcher pour se nourrir il y a dix ans. En 2009, une étude relayée par le journal stuff.co.nz montrait que la rivière Manawatu, qui traverse la ville de Palmerston North, était la plus polluée parmi trois cents autres testées dans le monde occidental (6). Elle l’était près de trente fois supérieure à celles jugées en bonne santé. Même s’il s’agit d’un cas extrême, cela illustre tout de même un des graves problèmes que connaît la Nouvelle-Zélande.

L’agriculture est donc largement incriminée dans la pollution de l’écosystème. Pourtant, la situation n’a pas l’air de pouvoir s’arranger à en croire les orientations du gouvernement qui souhaite que sa principale ressource soit la plus productive possible. Il va contribuer à développer des projets d’investissement dans les infrastructures d’irrigation en y injectant trente-cinq millions de dollars néo-zélandais. Grâce à cela, le pays espère développer son économie de telle sorte qu’il revienne dans la première moitié de l’OCDE. Si aujourd’hui six cent vingt mille hectares sont irrigués, on estime que ce chiffre peut atteindre un million. Le gouvernement ne semble pas se soucier, ou prendre conscience, des graves problèmes environnementaux qui se posent. Il est d’ailleurs largement critiqué pour l’utilisation du pesticide 1080. Classé comme extrêmement toxique par l’Organisation Mondiale de la Santé, le Fluoroacetate de Sodium est pourtant utilisé par le Departement of Conservation en charge de la gestion des parcs nationaux pour tenter de réguler les populations d’opossums et de rats. Dans leur film documentaire Poisoning Paradise, les réalisateurs Steve et Clyde Graf expliquent que « la Nouvelle-Zélande rejette dans ses forêts quatre tonnes de 1080 pur par an, assez pour tuer vingt millions de personnes ». Il est interdit dans de nombreux pays en raison de sa dangerosité et de la mort cruelle qu’il inflige aux animaux qui l’ingèrent. De nombreux panneaux signalent l’épandage de 1080 dans les prairies ou forêts que nous avons traversées. Certes, les opossums sont nuisibles et causent d’importants dégâts, mais répandre ainsi dans la nature un poison si dangereux et peu contrôlable laisse perplexe.

Beaucoup de Kiwis admettent finalement que leur pays n’est pas si clean and green qu’il veut le faire croire. En 2012, un rapport du groupe de pression des entreprises « Pure advantage » demandait que soit « amélioré de façon urgente le bilan environnemental pour protéger l’image propre et verte dont bénéficie les ventes d’une grande partie de ce que le pays produit et exporte » (7). Si le monde entier se rend compte de l’imposture, il est à craindre que le nombre de touristes chute considérablement. De même, l’industrie agroalimentaire aura plus de difficulté à vendre son lait, sa viande ou ses fruits à un public à la recherche de bons produits, 100 % purs, propres et sains. C’est pourquoi la Nouvelle-Zélande continue à se vendre ainsi, même si dans les faits ce slogan n’est malheureusement plus d’actualité.

Il faut cependant espérer que le pays redresse la barre et s’engage dans un développement durable. Autrement, qu’adviendra-t-il de ses lacs et glaciers ? Que deviendra son agriculture lorsque les ressources seront épuisées ou irréversiblement polluées ? Alors que les agriculteurs recevaient des subventions pour arracher la forêt il y a quelques dizaines d’années, ils en touchent aujourd’hui pour planter des arbres et ils sont de plus en plus nombreux à prendre conscience de la situation. Entre irrigation intensive et reforestation, le pays est aujourd’hui dans une période charnière.

(1)  Fred Pearce (12 novembre 2009), « New Zealand was a friend to Middle Earth, but it’s no friend of the earth« , The Guardian.

(2) Selon le site internet http://www.nationmaster.com, la Nouvelle-Zélande serait en réalité au huitième rang.

(3)  Organisation de coopération et de développement économiques regroupant trente-quatre pays parmi les plus développés au monde.

(4) Nicola Tokai (21 juin 2012), « Rio : deja vue all over again », extrait de http://stuff.co.nz

(5) « Truth About « 100 % Pure New Zealand’ » Advertising Campaign« , Planetary Rescue Operations.

(6)  Jon Morgan et Kelly Burns (26 novembre 2009), « Manawatu River ‘among worst in the West« , extrait de http://stuff.co.nz

(7) New Zealand Management Magazine (juin 2012), « The road to a greener, wealthier New Zealand ».

 

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