Chapitre 60 : Le tao du farniente à Koh Tao (Thaïlande)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. Nicolas Bouvier.

Koh Tao est une île située à quatre cents kilomètres au sud de Bangkok. Nous y parvenons après une journée de train puis deux heures de bateau. Tout ici est fait pour le tourisme balnéaire. Les hôtels luxueux côtoient les guest houses de routards et les centres de plongée. Les tour-opérateurs sont légion et proposent toute sorte d’activités : sorties en masque et tuba, randonnées, escalade, pêche, promenades en bateau. Mais avant toute chose, cette île est mondialement connue pour la plongée et les touristes viennent chaque année par milliers pour découvrir les fonds du golfe du Siam. Nous aussi sommes venus pour la même raison. Très alléchés par cette perspective, nous nous rendons dans un centre de plongée pour tenter d’obtenir notre PADI (1) , un brevet d’aptitude à la plongée sous-marine. Il n’y a pas que le vélo dans la vie et puisque l’occasion qui se présente est dans nos moyens, autant en profiter.

Richard est notre interlocuteur. Comme plus de deux cents habitants de l’île, c’est un farang, un étranger. Avant de commencer la formation qui devrait s’étaler sur quatre jours, nous devons remplir un questionnaire médical.
« Pour toute réponse positive, vous devrez rendre visite à un médecin » nous annonce-t-il.

Or, il y a une réponse positive pour ma part. J’ai eu un pneumothorax dans mon passé ; plutôt deux fois qu’une même. Richard consulte un de ses collègues, a priori mieux informé des restrictions médicales.
« Il y a peu de chance pour que tu obtiennes l’aval du médecin » répond-il, sûr de lui.

Pour en avoir le cœur net, nous rendons visite à un « spécialiste de plongée » à en croire la devanture du cabinet médical. Après m’être fait vérifier la tension par quatre infirmières en émoi, je suis pris en charge par le praticien, aussi aimable qu’un requin. Il m’ausculte rapidement les oreilles et l’estomac puis me signe un papier certifiant que je suis apte à la plongée.
« Faites simplement attention à ne pas descendre trop vite », me conseille-t-il en me faisant signe de partir. Il m’en a coûté cent cinquante baths (trois euros) et une minute d’auscultation.

Peu rassurés par le diagnostic de ce soi-disant spécialiste de la plongée, nous décidons finalement de renoncer à notre PADI. La plongée est une activité qui nécessite des précautions médicales strictes, établies sur un questionnaire précis. Or, ce médecin ne semblait pas en savoir plus en matière de pneumothorax que moi en terme de faune sous-marine. Un moniteur me conseille d’abandonner car, selon la manière dont mes poumons ont été réparés, je pourrais aussi bien plonger sans incident que trépasser sans aucun signe avant-coureur. Je préfère renoncer, le trépas viendra bien assez tôt. Bien plus tard, j’apprendrai qu’en France il est strictement interdit à toute personne ayant subi un pneumothorax de descendre à plus de six mètres de profondeur. En passant mon PADI, je serais descendu bien plus bas…

Malgré ce changement de programme, nous voulons tout de même rester sur l’île et décidons de la visiter à vélo. Comme elle n’est large que de deux kilomètres, nous pensons qu’il s’agira d’une simple promenade de santé. Nous nous réjouissons à cette idée. Malheureusement la pente nous oblige à mettre pieds à terre dès les premiers mètres. Nous devons être deux pour faire avancer chaque vélo et le moindre mètre gagné nous demande une dépense d’énergie considérable. Après cent mètres d’ascension, nous sommes en nage, épuisés et découragés. En voyant un couple nous doubler en scooter, nous supposons qu’il s’agit sans aucun doute du moyen de locomotion le plus approprié pour se déplacer de plage en plage.
Il est possible de louer un scooter à la journée pour le prix d’une consultation médicale. À présent, Koh Tao nous appartient. De Mango bay à Hin Ngam Bay en passant par Laem Thian Bay, nous découvrons chaque recoin en véritables touristes professionnels. Équipés de masques et de tubas, nous nous laissons flotter sur les eaux et nous nous émerveillons devant des poissons multicolores peu farouches. Dans cette région d’Asie du Sud-Est, rares sont les lieux touristiques aussi agréables que celui-ci, où la population vous sourit spontanément. Les plages paradisiaques sont l’occasion de moments de détente réparateurs durant lesquels nous sommes libres de nous laisser aller à nos envies et au repos, à la joie et à l’émerveillement, à la lecture et à la baignade. Sans oublier la cuisine thaïlandaise dont nous nous délectons à chaque repas. Après notre « mariage kurde » en Iran, nous passons ici notre lune de miel en oubliant aisément nos cuissards et nos vélos.

Voilà comment à Koh Tao, le tao du farniente remplace celui du vélo (2), pour notre plus grand bonheur.

(1) Professionnal Association of Diving Insructors (Association professionnelle d’instructeurs de plongée).

(2) en référence au livre Le tao du vélo que j’avais publié aux éditions Transboréal en 2010.

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