Chapitre 22 : No Sarkozy, please. No Sarkozy ! (Turquie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Quand vous aimez quelqu’un, vous voulez que le monde entier le sache. Nicolas Sarkozy.

Jusqu’en 2007, être français n’était pas un handicap pendant mes voyages à l’étranger, bien au contraire. Dans les Balkans, en Amérique du sud ou en Nouvelle-Zélande, les gens applaudissaient le charisme de Chirac et sa fermeté face à George Bush qui faisait la guerre en Irak. Si j’avais l’occasion d’évoquer ma nationalité, j’entendais souvent cette réponse :
« France, super ! Chirac good ! »

Les choses ont changé à partir de 2007 avec l’arrivée d’un nouveau président. Ses débuts ont pourtant été prometteurs avec la libération des infirmières bulgares. Alors que je pédalais dans leur pays, j’étais remercié et félicité pour l’action de Sarkozy. En fait, ils pensaient plutôt à sa femme Cécilia qui avait eu un rôle déterminant. En divorçant sous les feux des projecteurs et en se remariant dans la foulée, il a perdu tout son crédit :
« Ah France… Sarkozy ! Carla Bruni ! » me disait-on alors que je pédalais dans la cordillère des Andes quelques temps après. Chacun y allait de son commentaire sur la vie sentimentale du premier homme de France. À Rio de Janeiro, j’ai surpris la conversation de deux Brésiliennes qui semblaient en connaître un rayon en matière de politique étrangère :
« Sarkozy, il est cocu ! » disait l’une à son amie qui acquiesçait.

La situation s’est aggravée durant son quinquennat. En Bulgarie les commentaires étaient plus virulents pour deux raisons. D’abord les Bulgares vouaient admiration et gratitude à Cécilia et ils la préféraient grandement à Carla. Ensuite, les nouveaux projets de loi pour rapatrier les Roms « chez eux » n’étaient pas faits pour leur plaire. Comparé à mon passage en 2007, notre séjour en Bulgarie n’a donc pas suscité le même élan.
À Bursa, en Turquie, un gendarme ne semble pas apprécier notre président. On pourrait penser que c’est à cause de son refus d’intégrer la Turquie dans l’Union européenne. Pas du tout ! Si notre gendarme n’aime pas Sarkozy, c’est pour une autre raison. Il nous l’explique dans un français très approximatif et amusant :
« Sarkozy ? Une madame, deux madames, trois madames ! » s’exclame-t-il en comptant les conquêtes de notre président sur les doigts de sa main.
Quant à son collègue, il croit que Berlusconi préside la France. Beau lapsus pour montrer qu’il ne voit pas de différence entre les deux person-nages. D’autres personnes, moins diplomatiques, le traitent carrément de raciste ou de fasciste.

Dès lors nous sommes moins fiers de notre nationalité. La question est de savoir à quelle sauce nous allons être mangés lorsque les gens décou-vrent le pot aux roses. À Diyarbakır, un homme avenant nous accoste et nous invite à boire le thé. Nous discutons dans le bazar gentiment animé. Son regard noircit subitement lorsqu’il aborde la question politique. Nous regardant droit dans les yeux, il nous interpelle d’un ton sévère :
« Sarkozy bad. Please, don’t vote Sarkozy. »
Il ajoute qu’il ne comprend pas qu’un homme d’origine hongroise fasse tant de choses contre l’immigration. Il ne s’explique pas non plus pour-quoi Sarkozy ne se consacre pas davantage au bien de son pays au lieu de passer son temps à s’occuper de sa femme :
« Il devrait aimer la France et tout faire pour elle ! Au lieu de cela il ne se préoccupe que de Carla. Et en plus elle est italienne ! Quel est donc ce président ? »
Nous lui faisons comprendre que nous ne sommes pas responsables d’un tel chaos.
« Parmi tous les Français que j’ai pu rencontrer, aucun n’a voté Sarkozy ! Et pourtant il a été élu. C’est bizarre tout de même ! »
Nous lui expliquons que beaucoup ont été bernés par des promesses qu’il n’a jamais tenues et qu’ils ont certainement honte de leur vote à présent. Après tout, le travail d’un politicien n’est-il pas d’être élu ? En ce sens notre président, brillant avocat de sa propre cause, a fait preuve d’un grand talent.
Plus loin dans la ville, un autre homme nous interpelle avec le sourire :
« Where are you from ?
– Fransa. »
Son visage se crispe.
« Ah, Fransa. No Sarkozy please, no Sarkozy !
– Oui, oui. Merci, on a compris ! »

Ces anecdotes qui peuvent paraître anodines nous dérangent profon-dément. Nous constatons avec amertume que l’aura de notre pays est dégradée par les histoires de cœur de notre président. Le rôle du chef de l’État est, entre autres, de représenter la France à l’étranger. À l’inverse de ses prédécesseurs, qu’il s’agisse de Mitterrand ou de Chirac, l’image de la France qu’il véhicule manque de sérieux. Il batifole en public telle une star people de bas étage, ses lois et autres déclarations sont mal vues dans le monde et il est ouvertement critiqué par les étrangers que nous côtoyons. Bref, il fait rougir de honte ses concitoyens en voyage. Nous baissons alors les yeux en nous excusant presque d’être français, gênés par la tournure que prennent les discussions. Heureusement, il n’y a pas que la politique dans la vie et le football attise aussi les flammes :
« France ! Zinedine Zidane ! Super ! » nous dit-on parfois.
« Oui, Zizou, super ! » répliquons-nous avec soulagement.
« Et Platini aussi ! Saint-Etienne !
– Oui ! Platini ! Saint-Etienne ! Vous vous souvenez ? Nous habitons tout près ! »
S’il vous plaît, dieux du stade, faites que ces légendes-là soient éternelles…

Plus tard en Iran, un homme nous dira finalement :
« Ah vous êtes Français ? Vous avez un bon président !
– Vraiment ? demandons-nous, surpris.
– Oui, par rapport au nôtre ! »
Forcément, de ce point de vue nous ne pouvons qu’acquiescer.
Comme quoi, tout est relatif en ce bas monde…

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