Chapitre 23 : Les kangals et les cyclotouristes : fable turque. (Turquie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Cette fable contient plus d’un enseignement.
Nous y voyons premièrement :
Que ceux qui n’ont du monde aucune expérience
Sont aux moindres objets frappés d’étonnement :
Et puis nous y pouvons apprendre,
Que tel est pris qui croyait prendre.
Jean de la Fontaine, Le Rat et l’Huître.

Marion et Julien, deux cyclotouristes français,
Sillonnaient les routes de Turquie à vélo,
L’un perdu dans de lointaines pensées,
L’autre absorbé par des paysages très beaux.
Soudain, sans qu’ils s’en doutassent
Surgit des fourrés un kangal.
Impétueux et plein d’audace
Le chien se montra brutal.
« Dieu (Allah) ! » s’exclama Marion.
« Pourquoi votre collier a-t-il tant de clous ? »
« Il me protège des crocs des loups
Qui errent par dizaines dans la région.
Lorsque seul ou en meute ils viennent flairer
L’odeur alléchante des brebis du berger.
De mes aboiements je les en écarte
Alors que mon maître, lui, joue aux cartes. »
« Mais pourquoi nous montrez-vous vos crocs ?
Nous ne sommes pas comme ces sauvages !
Et même si nous ne pédalons pas au trot
Nous ne sommes que de passage. »
« Les jours sont longs et bêtifiants
Vous courser est un agréable passe-temps.
Et je me réjouis souvent
De mordre dans un mollet alléchant. »
« En voilà une idée saugrenue !
Depuis la France nous sommes venus
Et ne souhaitons pas ici nous arrêter
Puisque vous voulez nous croquer ! »
Surpris par la réplique,
Le kangal fut mis en panique.
Et à regret s’écarta du chemin
Mais au fond de lui, il ne pensait pas du bien :
« Nous sommes nombreux en Turquie
Et je me réjouirai si pour un confrère
Vos mollets puissent faire l’affaire
Avant que vous ne quittiez notre pays. »
C’est ainsi que les deux Français
Virent, depuis l’Anatolie jusqu’au Kurdistan,
Par dizaines des kangals affamés
Se jeter à leur poursuite par tous les temps.
Jusqu’au jour où dans une boutique
Ils eurent la surprise de trouver
Un produit au nom énigmatique :
Kangal sucuk, qui l’aurait parié ?
Une saucisse au kangal !
Se réjouirent nos deux amis
Qui, pris d’un bonheur royal,
En achetèrent en plus du riz.
Même s’ils savaient
Qu’en plus de nommer une race de chien
Kangal signifie aussi serpentin,
Forme que la saucisse avait.
Dorénavant à chaque arrêt
En fines lamelles, avec rage, ils découpaient
Cette saucisse qui les accompagna
Comme les kangals, jusqu’au pays du Shah.

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