Chapitre 27 – Mariage kurde (Turquie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

Si Dieu n’aimait pas les belles, il ne les aurait pas créées. Proverbe kurde.

Nous sommes en Iran depuis une semaine lorsque nous arrivons au village de Khan Amiran près de Sonatah. Comme il se fait tard, nous demandons à deux hommes la permission de bivouaquer sur le pré faisant office de terrain de football. Avec leur accord, nous installons la tente et y rangeons nos affaires. En nous voyant, des femmes aussi belles que souriantes se groupent devant nous et nous observent, amusées. Leurs en-fants, également curieux, étudient chacun de nos gestes et inspectent cha-cune de nos affaires. Après avoir testé par quelques sourires nos affinités respectives, nous entamons la discussion et acceptons leur invitation à boire le thé.

Leur maison se situe de l’autre côté de la route. Nous entrons dans une longue pièce recouverte de soyeux tapis rouges. Le thé nous est offert accompagné de plusieurs questions. Les rires, exclamations et sourires fusent tandis que nous montrons carte du monde et photos de famille. Soudain, toutes les femmes s’évaporent sans que nous en comprenions la raison. L’arrivée des hommes les a chassées mais elles reviennent avec le thé et elles les embrassent respectueusement pendant qu’ils s’installent sur le tapis à nos côtés. Ils nous saluent chaleureusement, apparemment amu-sés de recevoir chez eux deux touristes étrangers, qui plus est venus à vélo. Les femmes leur donnent toutes les informations qu’elles ont réussi à nous soutirer, sur la route que nous avons parcourue, jusqu’aux prénoms de nos frères et sœurs respectifs en passant par nos dates de naissance.
Leur curiosité satisfaite, ils repartent à leurs travaux agricoles et nous laissent entre les mains des onze femmes de la maison. Elles emmènent Marion et me laissent seul avec le grand-père occupé à prier. L’une d’entre elles revient quelques minutes plus tard et me demande d’aller chercher les vélos et la tente laissés sur le terrain de foot ; ce soir nous dormons chez eux. Comme Marion est occupée avec ces femmes sur-excitées par sa présence, je suis aidé par un garçon d’une dizaine d’années. Mon jeune compagnon peine à dissimuler sa fierté lorsque je lui demande de conduire le vélo de Marion.

La nuit tombe et les hommes regagnent la maison. Alors que les plus jeunes femmes se relaient pour prier dans une salle attenante à la cuisine, la matriarche déploie deux nappes sur le sol ; une pour les cinq hommes, une autre pour les onze femmes. Chacun s’assied en tailleur en face d’une assiette garnie de mouton, de riz et de pommes de terre. Même si le cérémonial veut qu’hommes et femmes mangent séparément, cela n’em-pêche pas la communication. Le repas est joyeusement consommé, des boulettes de pain volent d’une nappe à une autre et chacun rit aux éclats. Jamais nous n’avions vu repas si festif. Ce n’est pas un dîner que nous partageons avec ces Kurdes, mais un banquet. La soirée est empreinte de sérénité, les femmes d’une grande beauté sont les maîtresses de la maison, même si elles sont au service des hommes. Un profond respect se dégage de la manière qu’ont les enfants de saluer leur mère ou grand-mère, les frères d’embrasser leurs sœurs. Les femmes débordent de vie et le visage radieux qu’elles affichent montre que ce n’est pas seulement une attitude de façade empruntée pour nous plaire. Leurs vêtements colorés, leur bonne humeur contagieuse, tout nous plait et nous enchante. Nous ne comprenons pas tout de ce qui se dit, mais nous devinons qu’ici des valeurs sûres planent autour de ces deux nappes : l’amour pour la famille, le respect pour les anciens, et rien n’entrave le bonheur de partager un repas avec des étrangers à la fin d’une dure journée.

C’est après le thé que nous ressentons leur fierté d’être kurdes. Heureux de nous avoir accueillis chez eux, ils improvisent une fête pour célébrer notre rencontre. Sans qu’on puisse émettre la moindre objection, nos hôtes sortent des placards leurs plus beaux vêtements pour nous les faire essayer. Les femmes vêtent Marion d’une robe rose avec foulard assorti. Un bouquet de fleurs vient garnir ses mains qui paraissent si fragiles dans ce costume de Cendrillon. Comme je ris de la voir ainsi costumée, un homme me conduit dans une autre salle pour m’habiller à mon tour. Après quelques minutes d’essayage, je reviens dans la salle commune vêtu du traditionnel pantalon bouffant remontant jusqu’au nombril enserrant une chemise blanche sous une veste noire. Un large foulard noir entoure ma taille en guise de ceinture. Je rejoins ma promise dont les joues ont pris la même couleur que sa robe et nous posons maintenant devant un public surexcité. En face de nous, nos hôtes se plient de rire et sortent une batterie d’appareils photo pour immortaliser la soirée. L’excitation est telle que des femmes ne peuvent s’empêcher de palper les seins de Marion. Peut-être est-ce par simple curiosité, pour voir si les Occidentales sont aussi bien pourvues en la matière que leurs consœurs iraniennes. Je n’ai par bonheur aucun attouchement à signaler de mon côté…

La joyeuse ambiance n’efface pas notre fatigue et nos amis nous invitent finalement à dormir dans une salle écartée. Nous nous endor-mons l’un contre l’autre, bercés par les rires retentissant longtemps encore dans nos oreilles. Nous parlerons souvent de cette soirée que nous décri-vons comme notre mariage kurde.

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