Chapiter 21 : l’Est (Turquie)


Chapitre extrait du livre « Nouvelles vagabondes » relatant notre aventure cyclopédique entre la France et la Nouvelle-Zélande.

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Nouvelles vagabondes, récit d'un voyage à vélo en Asie

« En été ça va, parce que tu as zéro, zéro un. Mais l’hiver, ça descend, ça descend, ça descend : moins dix, moins vingt, moins trente. C’est le Nord ! » Michel Galabru dans le film Bienvenue chez les Ch’tis.

En traversant la Bulgarie, nous avons pensé que l’hiver allait sans doute être rude. Au plus fort de l’été, les Bulgares refaisaient activement leur stock de bois et des tracteurs sillonnaient les routes en tirant des remorques pleines à craquer. Chacun était occupé à scier, tronçonner, fendre ou ranger comme si un hiver apocalyptique avait été annoncé. Sous nos yeux incrédules, ils se préparaient à affronter un grand froid.

À Édirne, nous avons été avertis. Güzin, une rotarienne très mater-nelle, nous avait mis en garde :

« Plus vous allez à l’est, plus il fera froid vous savez. »

Nous n’imaginions pas que l’est de la Turquie pouvait être une région extrêmement froide. C’est en quelque sorte la Sibérie pour les Stambouliotes comme l’Auvergne est la Laponie pour les Perpignanais. Güzin s’ingéniait à nous mettre en garde contre le froid. Même si nous pouvions lire dans son regard une grande crainte, nous ne pouvions pourtant pas changer d’itinéraire.

Une semaine plus tard, le temps était pluvieux à Istanbul comme si un premier avertissement nous était donné. Nous pouvions encore décider de ne pas traverser le Bosphore mais le fait de rester en Europe nous aurait-il permis d’éviter l’hiver ? La Nouvelle-Zélande reste notre but.

Le détroit passé, le thermomètre chute jour après jour pour descendre à 8°C autour d’Eskişehir. La température n’est pas plus basse que pendant un été helvète. Mais nous aurions dû nous méfier en voyant Arnaud, notre ami suisse, acquérir un bonnet de laine à Göreme. Au loin les sommets des montagnes sont blanchis par la neige fraîchement tombée. Les pauvres Auvergnats que nous sommes, venant d’une région au climat si doux, vont devoir affronter la rudesse d’un climat rigoureux.

À Ürgüp, nous entendons un guide annoncer les prévisions météo-rologiques à ses clients. Une perturbation arrivant de Sibérie va bientôt plonger le pays dans un froid qu’il n’a jamais connu depuis mille ans. Cette nouvelle nous glace le sang. Le lendemain, nous arrivons frigorifiés au village d’Ayharis. Pendant que nous nous réchauffons dans le salon d’un Turc, le journal télévisé nous montre des régions du pays ensevelies sous la neige. Il va falloir nous dépêcher d’arriver en Iran pour ensuite bifurquer vers le sud. Nous nous lançons dans une course contre la montre pour fuir devant l’hiver, et nous espérons bien la remporter.

Inexorablement, le froid gagne du terrain ; nous percevons son souffle et entendons ses murmures. Il nous enserre peu à peu et se manifeste de diverses manières. À Kayseri, le givre matinal qui recouvre notre tente montre la froidure naissante. Dans la vallée de Goksun deresi, la fron-daison des peupliers prend les couleurs d’un automne prêt à céder sa place à l’hiver du jour au lendemain. Nous troquons nos sandales contre des chaussures fermées et sortons gants d’hiver et chaussettes polaires. Nous lutterons jusqu’au printemps prochain s’il le faut, mais le froid ne nous empêchera pas de poursuivre notre route vers l’Est.

Les Turcs nous dévisagent comme si nous étions des Martiens lorsqu’ils comprennent que nous allons au mont Nemrut admirer les statues des dieux de l’Olympe :

« Nom de Zeus ! C’est qu’il fait froid là-haut ! »

Au pied du tumulus du roi Antiochos, nous nous emmitouflons dans nos sacs de couchage prévus pour affronter les températures hima-layennes. Mais c’est une trop grande chaleur qui nous empêche de dormir. En guise de froidure nous avons droit à une des nuits les plus chaudes de Turquie et nous transpirons à grosses gouttes. Plus loin, c’est un véritable été indien qui nous attend. Le thermomètre affiche 35°C à Diyarbakır, 25°C à Van.

Nous recevons alors des nouvelles de l’Ouest : le Sancy et les monts du Cantal sont blancs, la neige tombe dru à Nadaillat.

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