Un emploi du temps basé sur le rythme des enfants.

Lorsqu’on évoque l’instruction en famille à des personnes que l’on rencontre pour la première fois, la question qui revient souvent est celle de l’organisation de la journée. Quelle place prend l’école à la maison ? Combien de temps cela prend-il ? Est-ce à heure fixe ou pas ?

Chez nous, l’organisation de la journée est basée sur le rythme de l’enfant et ses envies.  C’est à dire que nous laissons à nos enfants le soin de se lever quand ils le souhaitent et de faire les activités qu’ils souhaitent quand ils le souhaitent si cela colle avec le timing des repas et des siestes/nuits. En fonction de cela, on peut définir une journée type, même si les variantes peuvent être différentes selon les humeurs ou la fatigue.

Le lever se fait entre 7h00 et 9h00. Marion partant au travail entre 7h00 et 8h00, il n’est pas rare qu’elle ne voit pas les enfants le matin.

Lorsque Louna se réveille, il n’est pas rare qu’elle se dirige directement sur sa table de « travail » pour dessiner ou écrire quelques mots. Lorsqu’elle est bien réveillée, elle prend son petit déjeuner. Son petit frère, lui, est déjà rassasié et vagabonde dans le salon à la recherche de petites choses à se mettre sous les dents.

Siméon, qui aura 1 an le 23 octobre prochain, retourne à la sieste assez rapidement, entre 8h00 et 9h00 selon son heure de lever. En général Louna a fini de prendre son petit déjeuner et est prête pour « travailler ». Je profite de ce temps de sieste pour faire des activités avec Louna. Pour l’instant, c’est  un mélange d’écriture, de mathématiques (nous en sommes aux additions et soustractions simples, jusqu’à 10) et de lecture.

A partir de 10h00 je dois me mettre en cuisine pour préparer le déjeuner. Là, Louna  s’occupe toute seule et dessine, lit ou perfectionne son écrit. Dès que Siméon se réveille, ils jouent tous les deux jusqu’à 11h00, l’heure à laquelle Siméon déjeune.

Nous déjeunons avec Louna à midi. Elle joue ensuite avec son frère jusqu’à 13h00-13h30 environ. Là, tout le monde à la sieste. Siméon va dormir au moins deux heures. Louna, elle, dort en fonction de ses besoins (parfois pas du tout, parfois 1 heure, parfois deux ou plus).

Lorsque tout le monde est réveillé, c’est souvent l’heure des activités « extra scolaires » : danse le lundi, tennis le mardi, éveil musical et violon le mercredi. Autrement ils jouent chacun de leur côté ou ensemble alors que je prépare le repas du soir et fait un peu de rangement dans la maison.

A 19h00 nous mangeons tous et sommes prêts lorsque Marion revient du travail (entre 19h30 et 20h30 selon les jours). Marion arrive généralement pour coucher Siméon, puis Louna après la lecture d’une dernière histoire (une lue par Marion et une lue par Louna).

Voilà en résumé à quoi peut ressembler une journée chez nous. Comme je le disais au début de cet article, elles sont vraiment cadencées par le rythme de nos enfants et leurs envies. Il est arrivé à Louna de vouloir lire et écrire toute la journée, de 8h00 du matin jusqu’à 20h00 le soir. Cela n’a duré que trois jours mais les progrès ont été immenses tant l’envie était grande. A l’inverse, il est arrivé que Louna n’ait absolument pas envie de « travailler ». Elle avait ces jours-là des choses bien plus importantes à faire : une construction de kaplas à finir, une ribambelle de poupées à s’occuper ou des cartes à trier. Je l’ai laissé vaquer à ses occupations, sachant très bien que cela fait partie de son apprentissage.

Ce rythme semble convenir à tout le monde, parents comme enfants. Les enfants ne sont pas bousculés et font ce que bon leur semble quand ils le souhaitent, à condition de respecter les heures des repas et des siestes/couchers. Pour moi, la chose la plus agréable est certainement de ne pas avoir à réveiller mes enfants. Les réveils se font en douceur et, une fois levés, les enfants ont tout le temps d’émerger. Je pense très souvent à ce que me disait une institutrice aujourd’hui à la retraite. Elle m’expliquait que, lorsqu’ils recevaient les enfants à 8h30 du matin, ceux-là avaient déjà entendu au moins 20 fois les mots « dépêche-toi ». Nous sommes dans une société où chacun de nous court après le temps. Ce fut notre cas pendant de nombreuses années avec la construction du cabinet de kiné de Marion puis l’extension de la maison. Aujourd’hui, nous pouvons enfin prendre notre temps, et laisser nos enfants vivre à leur rythme. Lorsque j’entends nos petits voisins descendre l’escalier en bas de chez nous pour aller à l’école, alors que mes enfants dorment encore d’un sommeil bienfaiteur, je ne peux m’empêcher de penser que, rien que pour ça, nous faisons le bon choix pour nos enfants. Et ce n’est pas parce qu’ils se lèvent plus tard que les autres que nous leur donnons des habitudes de fainéants. La journée qui suit est bien plus productive pour eux, à en voir les progrès que Louna a fait en quelques semaines dans les apprentissages de base. Sans compter toutes les activités qu’elle peut faire (danse, musique, tennis) alors que les autres enfants, épuisés par le rythme de l’école, doivent se limiter à une voire deux activités. Et lorsque vient le soir, il n’est pas question de devoirs ni de leçons à réviser. Lorsque Marion revient du travail, elle n’a que des bons moments à passer avec ses enfants ; le temps passé avec eux n’est pas pollué par des obligations scolaires (devoirs ou heure du coucher dictée par celle du réveil à venir). Il en est de même pour les week ends.

Notez que je met le terme de travail entre guillemets, car le fait d’apprendre à lire, écrire et compter est avant tout une plaisir pour Louna. Lorsque je lui demande : « tu veux faire du travail ? » et qu’elle me répond, en tapant des mains : « oh oui, du travail, du travail, du travail ! », on comprend que ce terme n’a pas la même connotation négative qu’elle peut avoir chez la plupart des adultes. Et je ne suis pas certain que les enfants qui vont à l’école aient la même réaction lorsqu’on leur demande : « tu veux aller à l’école ? » ou « tu veux faire tes devoirs ? »

En dehors de ces journées à la maison, il faut noter aussi que le jeudi est réservé aux « mamies », et qu’il arrive régulièrement que la nounou ait de la place pour les prendre  une journée complète de temps en temps. Ce sont pour moi des journées où je peux travailler sur la maison ou simplement prendre du temps pour moi. Ces journées sont précieuses ; elles me permettent de me ressourcer et de ne pas entamer mon capital de patience, la chose la plus importante pour pouvoir faire l’instruction en famille sereinement (je développerai sûrement ce point là lors d’un prochain article)

Au final, nous avons le sentiment de moins courir depuis quelques temps. Le fait que tout le monde soit reposé et non stressé par un emploi du temps surchargé permet de passer les journées plus sereinement. Tout le monde y gagne, et l’apprentissage se fait d’autant mieux.

La rentrée « scolaire » de Louna.

La question de l’éducation se pose dès l’arrivée d’un enfant dans un couple. Là où la plupart des couples se demandent dans quelle école ils vont placer leur progéniture (public ou privé), notre raisonnement à nous s’est tout de suite orienté sur la question de la scolarisation ou pas. Marion et moi ne gardons pas de bons souvenirs de l’école, pour des raisons différentes, et nous ne souhaitions pas faire subir à nos enfants ce que nous avions subi nous mêmes. Ainsi, le choix s’est naturellement orienté vers la non scolarisation.

Une fois la décision prise, il faut l’assumer. C’est là le plus difficile. La première année passe encore. Qu’on fasse louper une année de petite section à son enfant est plus ou moins toléré par la société. Mais pour la deuxième année cela devient plus compliqué. On nous demande maintenant quand on prévoit de la mettre à l’école. « Peut-être à ses 18 ans, si elle a envie de faire des études » ai-je tendance à répondre. Ce choix est emprunt de doutes. Fait-on vraiment le bon choix en ne mettant pas notre enfant à l’école ? Est-ce une bonne chose qu’elle ne soit pas mêlée aux autres enfants ? Bien sûr, Louna nous dit parfois qu’elle a envie d’aller à l’école, comme ses copines. Alors on lui explique qu’elle pourra y aller si elle le souhaite. Par contre, si tel est le cas, on ne pourra pas partir à vélo comme on le prévoyait, ni aller à la mer avec Mamie le jour de la rentrée. On lui demande aussi de se souvenir de ses copains à la musique qui lui disaient qu’elle avait « trop de la chance » de ne pas aller à l’école. Après mûre réflexion, l’école ne lui parait finalement pas être la meilleure option.

Les doutes qui nous ont envahi de temps en temps ont toujours été contrebalancés par des rencontres ou des moments de vie qui nous ont fait pensé que nous avons fait le bon choix. Lorsque le matin je vois les petits voisins aller à l’école alors que mes enfants dorment encore, je me dis que leur rythme est ainsi bien plus respecté. Lorsque je vois Louna passer des heures à faire des câlins à son frère alors que bien d’autres fratries sont séparées par l’école, je me dis que les liens qu’ils tissent aujourd’hui seront bien plus forts que n’importe quels autres. Lorsque je passe devant l’école de notre commune à l’heure de la récréation ou à la sortie des classes, je me dis que notre fille est bien mieux loin de cette agitation créée par les 400 enfants. Je ne suis en effet pas convaincu que ce brouhaha, ce vacarme, facilite la concentration et l’apaisement des enfants. Et puis il y a ces nombreuses discussions, avec des parents d’élèves ou des instituteurs, qui nous font définitivement penser que l’école n’est plus adaptée à la société telle que nous la vivons aujourd’hui. En voici un exemple.

Mercredi 12 septembre 2018. Louna se rend à son premier cours de violon de l’année. Elle vient de passer une semaine à la mer avec sa mamie et c’est pour elle la rentrée, avec toute l’excitation que cela comporte. Il se trouve qu’elle est en pleine période sensible pour la lecture et l’écriture. Elle a commencé à écrire son prénom il y a un mois, et écrit maintenant chaque jour des mots nouveaux. Elle vient également de terminer la lecture de son premier livre. Ce jour-là, elle écrit donc sur un papier son prénom et celui de sa professeur : sabine. Une maman, institutrice de son état, demande à Marion en quelle classe est Louna.

– Elle devrait rentrer en moyenne section.

– En moyenne section ? s’insurge son interlocutrice. Moi, les enfants je les freine quand ils veulent apprendre à lire trop tôt, sinon après ils s’ennuient et je suis contre le fait de faire sauter des classes à des enfants.

Cette simple phrase nous conforte dans l’idée qu’on a, une fois de plus, fait le bon choix pour cette nouvelle rentrée scolaire. Freiner un enfant qui a soif d’apprendre, c’est comme arrêter un cycliste en bas d’une montée alors qu’il avait pris son élan dans la descente la précédent. On lui coupe les jambes et il ne retrouvera que difficilement le rythme dans lequel il était lancé (si par bonheur il arrive à le retrouver).

Une autre maman fait remarquer que sa fille, qui a le même âge que Louna, est elle aussi en plein désir d’apprendre. L’instit tente de la convaincre de ne pas l’encourager dans ce sens. On apprend à lire en CP, un point c’est tout.

Ces quelques minutes sont assez symptomatiques du décalage qu’il existe entre le rythme de l’enfant et ce que lui permet l’école et plus largement la société. Ce qui est d’autant plus dommageable, c’est que les enfants qui sont encouragés dans leur apprentissage naturel, sans sur-stimulation, peuvent être considérés comme des enfants précoces. Il n’en est rien. Dans le cas de Louna, elle a juste cette chance de ne pas aller à l’école, et donc de ne pas être freinée par une institution ou quelques uns de ses représentants (des instits), qui par soucis d’une meilleure homogénéité (qui permet une meilleure gestion de classe), préfèrent freiner des enfants dans leur apprentissage plutôt que de les accompagner dans leurs désirs d’apprendre. Certes, il y a des enfants surdoués, mais bien moins que ce que l’on pense. Par contre oui, il y a des enfants bridés, qui auraient voulu apprendre des choses plus tôt mais à qui on a dit non, tu es trop petit, attend d’être en CP pour apprendre à lire et à écrire.

Alors que Marion parlemente avec la maman instit, Louna revient la voir :

– Maman, 5+5, ça fait bien 10 ?

– Ah parce qu’en plus elle sait faire les additions ? Mais que va-t-elle faire en CP ?

– Elle n’ira probablement pas en CP.

Et là commence un autre débat, celui de la non scolarisation…

Depuis cet épisode, Louna enchaîne les heures de lecture et nous lisons et relisons plus d’un livre par jour. Son état d’excitation est tel que rien d’autre n’est plus important que cette activité. Entre deux livres, il lui faut écrire, des lettres déjà connues ou des nouvelles, pour pouvoir écrire des mots nouveaux et surtout lire plus facilement les livres qu’on lui propose.  Et comme dans le même temps elle veut absolument apprendre à lire l’heure, on aborde la notion de dizaines en mathématiques, notion indispensable pour pouvoir suivre le déroulement d’une journée sur une horloge. Cette période peut être courte mais intense, et il est clair qu’aucun instituteur dans une école classique aurait pu suivre le rythme imposé par notre fille à ce moment donné. C’est pour moi un plein temps. Un adulte pour un enfant du matin au soir. En quelques jours elle a assimilé le programme de presque toute une année…

Harcèlement scolaire : une réalité pour 700.000 enfants.

Je me souviens d’une discussion avec un couple d’oncles et tantes, anciens professeurs aujourd’hui retraités. Lorsque je leur expliquais ce que j’avais subi à l’école, les brimades et les coups, durant 7 années, ils tombaient des nues. Ils mettaient cela sur le compte de la malchance, m’assurant que ma situation était tout à fait exceptionnelle. Durant toute leur carrière, jamais ils n’avaient vu pareil situation.

Mercredi dernier (le 28 mars 2018), l’émission « le téléphone sonne »  sur France inter était consacrée aux assises de la maternelle. Parmi les invités, Eve Leleu-Galland, Inspectrice Mission Ecole maternelle, conseillère du recteur pour l’enseignement préélémentaire. Elle parlait du bien-être à l’école : «  je n’ai pas le sentiment, sauf cas exceptionnel, que les enfants ne sont pas bien à l’école maternelle aujourd’hui. » Et lorsqu’une auditrice témoignait de la maltraitance qu’avaient subi ses enfants, elle aussi semblait tomber des nues. : « l’école a vocation de protéger les enfants. La première fonction de l’école maternelle, c’est la protection de l’enfant. Ils doivent y trouver du plaisir et avoir une expérience de bonheur. »

La situation de ces enfants tout comme la mienne serait donc exceptionnelle ?

En me documentant, je lis pourtant que 700 000 enfants sont harcelés. (1) On est donc très loin de l’anecdote dont on me parle lorsque j’évoque le sujet auprès d’amis ou d’inconnus. Ma situation n’était donc pas exceptionnelle mais cruellement banale. Sur une classe de 30 élèves, au moins 3 sont harcelés, partout en France. La violence dans nos écoles est un fléau dont on se garde bien de parler. C’est un sujet qu’il faut étouffer lorsqu’il devient trop voyant, comme ce jour où j’ai eu le nez cassé par un « camarade de classe ». Ne pas faire de vague pour ne pas parler d’un sujet tabou. Une simple bagarre pour l’infirmière, qui nous a convoqué quelques jours plus tard, ma mère et moi, pour nous convaincre de ne pas porter plainte contre mon agresseur. En réalité je n’en avais même pas eu l’idée, tant cette situation était normale pour moi. Certes, cette fois-ci on était arrivé à son paroxysme, mais pas de quoi en faire toute une histoire. Aucune sanction n’avait été donnée à cet élève, comme si cet acte de violence ne méritait pas qu’on s’y arrête. Après tout, on était à seulement quelques semaines du bac. J’étais simplement victime de la pression de l’examen qui s’approchait. Notre professeur principale avait fait un rappel à l’ordre, en nous demandant à tous de se concentrer sur l’épreuve décisive et de ne pas nous disperser dans des querelles. Affaire classée. Je garde encore une grande amertume de cette prise de position en faveur de la violence.

J’ai toujours été le gringalet sur qui on tapait à la récrée. Une bonne tête de premier de classe, docile. Je me pliais à la volonté de mes « camarades », à leurs humeurs, à leur railleries. Et lorsque je regardais ce qu’il se passait dans les autres classes, je constatais que la même chose se passait, avec d’autres élèves. Mon cas n’était donc pas unique, loin de là. Cela devait donc être la normalité. Des élèves de tout âge étaient brutalisés et humiliés par d’autres sans que cela ne pose de problème à personne. On les voyait tous, on s’en souvient tous. Ils étaient là, brimés, violentés, insultés à longueur de journée, dans les couloirs, les dortoirs, la cours de récréation et aussi pendant les cours, devant les professeurs aveuglés par la sacrosainte éducation et les valeurs tellement positives qu’est sensée prôner notre belle et grande Ecole. Les premiers de classe sont généralement ceux qui souffrent le plus. Je suis persuadé que les cancres gardent finalement de meilleurs souvenirs de l’école. Certes, les heures passées sur une chaise devaient leur paraître bien longues, mais la récompense arrivait, aux heures de récréation, quand enfin ils pouvaient se défouler sur les premiers de classe !

Certes, le harcèlement est vicieux, perfide. Il se cache. Mais je refuse de croire qu’il est invisible du corps enseignant. Pendant les deux années où j’ai été surveillant, en lycée et collège, j’ai moi-même pu constater, ou tout du moins soupçonner, des cas de harcèlement. Mais comment le sanctionner lorsque la violence est une banalité ? On fait un rappel à l’ordre, puis un deuxième, puis un troisième. Et ensuite ? Le harcèlement comme je l’ai vécu, et comme tant d’autres enfants le vivent à l’école, est une somme de « petites » choses qui, accumulées les unes aux autres, deviennent une agression permanente aux yeux de l’agressé, mais juste des querelles de jeunes enfants aux yeux des adultes. Querelles qui, nous affirme-t-on, permettent aux enfants de faire leurs armes face à la société qui les attend.

J’ai gardé en moi cette souffrance pendant des années, et je garde aujourd’hui des reliquats de haine envers mes agresseurs. Je me demande aussi souvent où j’ai trouvé la force de résister. C’est certainement la même force qui, des années plus tard, m’a permis de parcourir tant de kilomètres à vélo. Julien, Cédric, Vincent, Antoine, Vivien, je ne vous ai pas oublié. Vous auriez pu me tuer.

Certains n’ont malheureusement pas eu assez de force pour résister à ces agressions.

Ce fut le cas de Marion, que sa mère a retrouvée pendue chez elle le 13 février 2013. Elle avait 13 ans. L’Etat a été reconnu partiellement responsable de sa mort. (2) 

Pour Clément, retrouvé mort à Ham en mars 2017, la situation est différente; le harcèlement est allé jusqu’au meurtre. Il avait 16 ans lorsqu’on l’a retrouvé dans un étang, poignardé par un « camarade de classe ». (3)

La liste est longue ; elle pourrait s’étendre sur des dizaines de pages. Souvent, il apparaît que ce harcèlement est connu de tout le monde, mais que personne ne fait rien.

L’explosion des réseaux sociaux n’arrange en rien la situation. Là où un élève, comme moi, subissait les railleries de quelques individus, dorénavant l’humiliation est rendue publique et tout le monde peut se défouler sur la toile. Le fardeau est alors bien plus lourd à porter, et les enfants bien plus nombreux à flancher.

Après mon premier article expliquant pourquoi on ne souhaitait pas scolariser nos enfants, plusieurs personnes ont exprimé leur surprise en lisant que j’avais été harcelé. Je n’avais visiblement pas le profil. En exprimant ce passé, j’ai eu l’impression de faire mon coming-out. J’évoque un sujet tabou et douloureux, comme ce que peut être un viol subit par une femme. La comparaison peut sembler exagérée, et pourtant on est bien sur le même registre. Si certains enfants vont jusqu’au suicide, c’est bien que la violence est extrême. Comme le viol, c’est un sujet tabou ; comme le viol on s’en prend à votre chair ; comme le viol il est difficile de porter plainte. Comme le viol, on a honte de ce qui nous arrive

De mon côté, j’ai eu le temps de digérer tout cela et j’ai pu prendre une revanche psychologique sur mes agresseurs. Qui, parmi eux, aurait pu faire ce que j’ai fait sur mon vélo ? Je crois que pour chaque désert traversé, chaque col à 4000 mètres gravi, j’ai eu une pensée pour eux. Je me suis délecté des moments que je vivais en pensant à leur vie misérable (car elle ne sera jamais aussi riche que la mienne, j’en suis persuadé)

Cet article n’est pas très réjouissant, j’en suis bien conscient. Mais je tenais à mettre les choses au clair assez rapidement pour qu’il n’y ai pas d’ambiguité à ce propos. Les langues se délient peu à peu ; des « affaires » apparaissent dans les médias, les parents et enseignants prennent peu à peu conscience de la violence que certains élèves peuvent subir dans les cours de récré et le gouvernement semble vouloir prendre des mesures pour lutter contre ce fléau. Mais lorsque j’écoute des personnes me dire que l’école permet la sociabilité des enfants, des frissons me parcourent tout le corps. Lorsque j’écoute cette Eve Leleu-Galland, Inspectrice Mission Ecole maternelle, nous parler du bonheur et de la bienveillance à l’école, je me demande dans quel monde elle vit. Tous ces propos me paraissent tellement éloignés de mon expérience et de la réalité de ces 700.000 élèves en souffrance. 700.000 enfants, ce n’est quand même pas rien. Ne peut-on pas être choqué par ces discours face à un tel chiffre ? L’Ecole de la République ne doit-elle pas faire son possible pour que chacun s’y épanouisse ? Peut-on nous reprocher de ne pas vouloir mettre nos enfants dans cette école-là ?

La loi nous autorise à ne pas mettre nos enfants à l’école. Or, cette loi est bafouée par la désinformation et le mensonge. Lorsque Macron dit à la France entière que l’école sera obligatoire  pour les enfants de 3 ans dès la rentrée prochaine, c’est une mensonge. Malheureusement trop peu de français savent qu’ils peuvent se soustraire à cette école et offrir quelque chose de mieux à leurs enfants. Et je suis persuadé que si nous étions plus nombreux à le savoir, la non-scolarisation serait bien plus répandue dans notre pays et des milliers d’enfants seraient bien plus heureux que ce qu’ils le sont aujourd’hui. Qu’on ne me dise pas que tous les adultes qui ont été harcelés enfants mettent aujourd’hui de bon coeur leur progéniture à l’école. Ce serait un mensonge de plus.

 


(1) Plus de 700.000 enfants harcelés à l’école – Le Figaro, le 6 février 2015

(2) Harcèlement scolaire : l’Etat jugé partiellement responsable de la mort de Marion Fraisse, Le Parisien, 2 février 2017

(3) Meurtre de Clément à Ham : ses parents parlent pour la première fois. – Francebleu.fr, 27 février 2018

 

Pourquoi avoir choisi l’instruction en famille.

Marion et moi n’avons pas spécialement de bons souvenirs de l’école. Même si nous étions tous deux considérés comme de bons élèves, il ne suffit pas d’avoir de bonnes notes pour être épanouit. Et aucun de nous deux ne le fut, pour des raisons différentes : Marion s’ennuyait, et moi j’étais harcelé depuis le collège jusqu’au lycée. Ce sont deux des principales causes d’échec scolaire ce qui me fait dire que, finalement, nous ne nous en sommes pas mal tirés.

Bien avant  la naissance de notre fille Louna, en mai 2014, nous nous sommes donc posés la question de scolariser ou non nos enfants. Voulions-nous réellement leur faire subir ce que nous même avions vécu ? Certes, chaque enfant est différent, chaque école l’est aussi. Nous sommes cependant convaincu que, bien plus qu’une salle de classe surchargée, l’instruction en famille peut apporter à nos bambins.

Respecter le rythme de nos enfants

Lors de la rentrée dernière, en septembre 2017, Louna avait 3 ans et « aurait du » être scolarisée. Nous avons préféré la garder avec nous et c’est un grand plaisir de la voir s’épanouir à la maison. La plus grande satisfaction est certainement de la voir se lever à son rythme le matin, alors que tous les enfants sont déjà enfermés dans les salles de classe. Il est généralement 9h00 lorsqu’elle sort de son lit et me rejoint dans la salle à manger déjà toute habillée et pleine d’énergie. On est bien loin des réveils laborieux, des départs énervés pour ne pas arriver en retard, des petits-déjeuners pris à la va vite. Louna se réveille en douceur, lorsqu’elle le décide, s’habille et vient prendre son petit-déjeuner. Mais avant de s’attabler, il n’est pas rare qu’elle s’arrête sur la table où sont posés ses crayons, ciseaux, rouleaux de scotch, etc. et commence à dessiner, couper, coller. Comme tous les enfants, notre fille a envie d’apprendre, et elle le fait à son rythme, selon ses envies et ses humeurs. A nous de ne pas casser son élan, et de l’accompagner au mieux dans ses apprentissages.

Lui offrir une vie sociale riche et respectueuse, loin du harcèlement scolaire.

Lorsque l’on explique que notre fille ne va pas à l’école, et n’ira pas si elle ne le souhaite pas, les gens s’inquiètent. Je ne sais jamais si cette inquiétude est exprimée pour se rassurer soi, ou si elle est permet de contrecarrer la surprise d’apprendre que non, l’école n’est pas obligatoire. Bref, toujours est-il que la première chose qui inquiète nos interlocuteurs, c’est la sociabilité. La sacrosainte sociabilité que seule l’école, pense-t-on, peut apporter à l’enfant. Personne n’imagine qu’un enfant peut rencontrer d’autres personnes en dehors de l’école. En effet, quel endroit mieux rêvé pour rencontrer ses semblables que l’école ?

Ceux qui vivent l’instruction en famille vous diront tous qu’au contraire, le fait de ne pas aller à l’école permet à l’enfant de rencontrer bien plus de personnes et d’avoir une vie sociale très riche. Soyons clairs, l’école impose à l’enfant une cohabitation avec d’autres congénères du même âge avec qui il n’a pas forcément que des affinités. Durant 6 à 8 heures par jour on lui demande de partager le même espace confiné avec une trentaine d’autres bambins, sans aucun échappatoire. A l’inverse, lorsque l’enfant ne va pas à l’école, les rencontres et les moments passés en groupe sont choisis et volontaires. Louna va où elle veut, rencontre qui elle veut et ne s’embarrasse pas à passer du temps avec des enfants ou adultes qu’elle n’apprécie pas.

Bien sûr, on nous dit que la vie n’est pas facile, et qu’il faut que l’enfant apprenne à être confronté aux difficultés, et le plus tôt sera le mieux. Nous pensons évidemment le contraire. Nos enfants auront bien le temps d’être confronté aux difficultés, alors autant qu’ils profitent de leur innocence le plus longtemps possible. Et le fait de ne pas aller à l’école préparerait au contraire mieux la vie en société. Là où les enfants voient toujours les mêmes personnes, que ce soit dans leur salle de classe ou dans la cour de récréation, nos enfants, eux, voient une multitude de personnes différentes, enfants ou adultes, et ont ainsi beaucoup plus d’interaction avec l’extérieur.
Sans compter que Louna profite pleinement de son petit frère, Siméon, arrivé en octobre dernier. Elle passe beaucoup de temps à s’occuper de lui et lui apprend ainsi beaucoup à son contact. Les voir jouer ensemble est une satisfaction immense.

J’ai personnellement subi le harcèlement scolaire pendant sept ans, sept longues années. J’ai subi brimades et coups pendant toutes les années passées au collège et au lycée. Je regardais autour de moi, et voyais d’autres élèves dans la même détresse que la mienne. Cet harcèlement s’est terminé par une anesthésie générale à deux mois du bac… : on m’avait cassé le nez et j’en porte encore aujourd’hui les stigmates et quelques séquelles. Alors oui, on peut me parler des bienfaits de la sociabilité de l’école… Je développerai ce point-là, qui est loin d’être anecdotique. Dans nos écoles, 700.000 élèves sont harcelés. Cela représente 15 % des enfants…

Un apprentissage personnalisé

« Papa, quand je n’ai pas envie, je n’ai pas envie. D’accord ? »

Ca, c’est la réplique préférée de ma fille lorsque je tente de l’orienter vers une activité que je souhaiterais qu’elle fasse. Elle m’explique très simplement que là, à l’instant t, elle n’a pas envie de faire de dessin, ou de lettres, ou de chiffres. Dans 10 minutes peut-être, ou dans deux heures. Peu importe.  Tout de suite elle est occupée à faire autre chose et rien d’autre ne l’intéresse. Alors je vaque à mes occupations, et reste à sa disposition lorsqu’elle aura besoin de moi.

Lorsqu’on commence « l’école à la maison », on se rend très vite compte que vouloir imposer une activité à un enfant est contre-productif. Et au contraire, lorsque l’enfant a envie de faire cette même activité, alors plein de choses se passent et l’apprentissage est un « jeu d’enfant ».  Ceux qui font l’école à la maison expliquent qu’il faut entre 1h et 1h30 par jour pour faire les cours imposés par le programme scolaire. Cela s’explique forcément par le fait que l’enfant a à sa disposition un adulte à lui tout seul pour apprendre. Chacun s’adapte à l’autre ; on prend le temps d’expliquer les choses non comprises et on passe plus rapidement sur ce qui est acquis. Cela veut dire que l’enfant a à sa disposition un capital temps bien plus important pour apprendre d’autres choses, pour faire du sport, de la musique, etc.

Nous ne sommes bien sûr pas compétents pour toutes les matières ni pour développer tous les sujets que l’enfant souhaite développer. Je serai bien embarrassé le jour où mes enfants voudront tout savoir sur les dinosaures ou sur la naissance du système solaire. Peu importe, nous apprenons en même temps qu’eux. Sans compter sur le fait que nous sommes plus enclins à nous remettre en question sur nos propres compétences. Et puis en quoi un instit ou un professeur serait-il plus compétent ? Un diplôme ou un concours est-il gage de qualité ? Pour répondre à cette question, je vous laisse lire un article intéressant sur la qualité de la formation des enseignants… : Les profs aussi sont fâchés avec l’orthographe.

 

Voici quelques unes des raisons pour lesquelles nous avons fait le choix de la non scolarisation de nos enfants; Il y a évidemment plein d’autres raisons, que j’aurai l’occasion de développer plus tard.

Il est 8h10. J’entends mes petits voisins sortir de chez eux pour aller à l’école. Ma fille, elle, dort profondément. Je vais bouquiner un peu au pied du feu en attendant qu’elle se réveille. Alors commencera une nouvelle journée, où nous allons jouer, dessiner, compter et écrire quelques mots, sans oublier d’aller sortir les poules, ramasser les oeufs, faire un peu de jardinage si le temps nous le permet et faire plein de câlins avec son petit frère.

 


Ecole ou instruction obligatoire à partir de 3 ans ?

Je ne pensais pas débuter sur le sujet de l’instruction en famille aujourd’hui, mais l’actualité du moment m’a incité à le faire.

Hier, notre président Macron a exprimé sa volonté de scolariser les enfants plus tôt. Nous avons pu lire dans tous les médias nationaux des articles mentionnant son souhait de rendre l’école obligatoire à partir de 3 ans contre 6 aujourd’hui. Or, l’école n’a jamais été obligatoire, que ce soit à 6, 10 ou 16 ans. L’instruction l’est, pas l’école, et cette nuance semble avoir été effacée par la quasi totalité des médias.

Qu’en est-il vraiment ? L’école sera-t-telle effectivement obligatoire pour les enfants de 3 ans ? J’ai lu de nombreux articles journalistiques sans trouver de réponse à cette question, et c’est finalement sur le site de l’association « Les enfants d’abord » que j’ai trouvé ce que je cherchais:

Aux Assises de l’école maternelle Emmanuel Macron a dit  « J’ai décidé de rendre obligatoire l’école maternelle et d’abaisser de six à trois ans en France l’obligation d’instruction dès la rentrée 2019. »  
Le monde de l’instruction en famille est en émoi. 
Pourtant sur le site de l’Éducation nationale, il est bien titré « Assises de l’école maternelle : l’instruction obligatoire dès 3 ans ».(1)
En effet contrairement à une idée reçue, l’école n’est pas obligatoire et ne l’a jamais été. En 1882 là loi précisait déjà que l’instruction obligatoire pouvait être donnée dans les familles et c’est toujours le cas.

Seule l’instruction deviendra obligatoire. Si c’est le cas, cela ne nous pose pas de problème outre mesure, si ce n’est qu’il faudra, dès la prochaine rentrée scolaire, déclarer à la mairie et à la direction des services départementaux de l’éducation nationale le fait que nous instruisons notre fille à la maison. Cette déclaration sera suivie par une visite de contrôle par l’un ou l’autre des organismes.

Il est intéressant de comprendre pourquoi le gouvernement souhaite légiférer alors que déjà 97% des enfants sont scolarisés. Dans le rapport de l’assemblée nationale datant du 23 mars, il est clairement indiqué que nos élus s’inquiètent de voir l’instruction en famille se développer de manière trop importante. Pensez-vous, on serait passé de 0,16% des enfants concernés en 2012 à 0,30 aujourd’hui. Leur volonté est donc de mieux contrôler l’instruction en famille :

 » (..) il est proposé de mieux encadrer l’instruction à domicile, en soumettant ce choix à une demande d’autorisation préalable, en prévoyant un contrôle annuel obligatoire, en renforçant les moyens humains dédiés à ce contrôle et en durcissant les sanctions lorsque le responsable de l’enfant, par ses choix, porte atteinte à l’obligation scolaire et à la qualité de l’enseignement attendu. »

Aux Assises de l’école maternelle Emmanuel Macron expliquait  aux journalistes qu’il avait « décidé de rendre obligatoire l’école maternelle et d’abaisser de six à trois ans en France l’obligation d’instruction dès la rentrée 2019. »  Or, dans les assises de l’école maternelle sur le site de l’éducation nationale, il est bien écrit que « nous abaissons l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans. »
La très forte médiatisation effectuée hier autour de ce sujet et les propos très ambigus du président permettent de renforcer une idée reçue : l’école serait obligatoire en France. Elle ne l’est pourtant pas. Nous regrettons simplement qu’à cause de ces annonces et ces imprécisions de notre président, que l’on peut penser volontaire, beaucoup croient encore qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants à l’école.
On nous explique dans les mêmes assises que  « cette décision traduit donc la volonté gouvernementale de faire émerger, grâce à l’école, une société plus juste. » Très bien, mais que fait-on pour les 700.000 enfants harcelés à l’école ? Que peuvent faire les instits dans des classes surchargées ? Que fait-on du fameux rythme des enfants, lorsqu’on leur impose 12 semaines de cours non stop en fin d’année ?
Cet article était le premier d’une série que je vais donc commencer pour expliquer pourquoi nous avons opté pour l’instruction en famille et ce que cela implique dans notre fonctionnement.