Chapitre 1 : Sur les traces du tour d’Europe


Chapitre extrait du livre « Ballade cyclobalkanique » relatant mon voyage à vélo en ex-Yougoslavie

Epuisé

Ballade cyclobalkanique, récit d'un voyage à vélo en ex-Yougoslavie

Après deux jours de train pour traverser la France puis l’Italie, j’arrive à Gorizia un beau lundi de juin. Dès lors, la route s’avère familière puisque nous l’avions parcourue avec Fabien lors du Tour d’Europe en 2004. La rue qui monte pour quitter la gare (nous y avions fait demi-tour), la grande rue principale qui traverse la ville, le poste frontalier… Me voilà à Nova Gorica, en Slovénie ! Je retrouve la rivière Soca, d’un bleu toujours intense, puis le camping de Kanal, pas encore ouvert. Je m’y installe tout de même, malgré les amis du patron un peu réticents, tout comme leur petit chien qui me mord à la cheville, et une couleuvre qui me glisse sur le pied. La rivière Soca est invariablement aussi froide. J’y prends un bain vivifiant… Elle se dérobe à Most Na Soci en direction des Alpes Juliennes alors que de mon côté je me dirige vers Ljubljana, une centaine de kilomètres plus loin. La capitale slovène m’apparaît toujours aussi éclatante par sa lumière, ses couleurs et ses ravissantes jeunes filles. Je suis heureux d’être de retour !
C’est avec émotion que je roule sur les traces du tour d’Europe, sur la route qui nous avait apporté tellement de plaisir à Fabien et à moi après une interminable traversée de la plaine du Pô. Quelques changements peuvent être notés. Dans ce pré, deux paysannes retournent le foin à la main à l’endroit même où se trouvait un camion de ruches. Ils ont rajouté une barrière de sécurité où j’avais fait ma première pause pipi. A Kanal, ils ont terminé la restauration de la maison implantée juste après le pont, à droite. Sa façade d’un ton jaune est réussie… Bref, plein de petits détails qui nour­rissent mon esprit pendant ces premiers cent kilomètres.

La Slovénie avait été le coup de cœur du Tour d’Europe vélo-moto. Nous n’avions passé que quatre jours dans ce pays, le temps de le traverser d’ouest en est. Il nous avait laissé un petit goût de « reviens-y » dans la bouche, mêlé à un goût de « trop peu ». Sa beauté nous avait émer­veillés, tant par son éclat que par sa diversité. Il me fallait revenir, parcourir toutes ses routes à vélo pour le découvrir plus en détail. Seulement la Slovénie est un petit pays, pas plus grand que la Bretagne. Il n’était pas question pour moi de retraverser la plaine du Pô, même en train, pour ne faire que mille kilomètres à vélo. Alors, comme l’accueil des Croates en 2004 avait été exceptionnel, j’ai également voulu y retourner. Pour ne pas retirer que la vision touristique de ce pays, résumée à la côte adriatique pour la plupart des visi­teurs, j’ai voulu élargir mon tracé en visitant le nord du pays jusqu’à Osijek. De là, je rejoindrai Dubrovnik au sud. Mais voilà, la route entre ces deux villes passe nécessairement par Sarajevo, capitale de Bosnie-Herzégovine. Soit, je traverserai également ce pays. Mais comment visiter la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine sans découvrir leurs voisins, la Serbie et le Monténégro. Tous ces pays formaient il y a à peine quinze ans la Yougoslavie, grand Etat dirigé par Slobodan Milosevic et disloqué en 1991, dans la paix pour la Slovénie, dans le sang pour ses voisins. Elargir mon itinéraire à la Serbie et au Monténégro me paraît indispensable. Je ne peux pas rencontrer des Croates et des Bosniens sans rencontrer de Serbes. De plus, mis à part l’information télévi­suelle particulièrement négative que j’ai pu recevoir lorsque je regardais encore la télévision, je ne connais absolument rien de ces pays. C’est donc l’occasion rêvée d’en savoir plus !

Le parcours a été tracé avec soin. Après le difficile périple de Nouvelle-Zélande, j’ai tenu à raccourcir les étapes et à m’octroyer de nombreux jours de repos. Ainsi, j’ai prévu de parcourir environ trois mille huit cents kilomètres en deux mois et demi, pour aller à la rencontre des Balkans.
Dès lors pour mon entourage, mon cas s’aggrave. Les ours de Pologne en 2004, soit. Les Maoris de Nouvelle-Zélande en 2005, passe encore. Mais là c’en est trop. Le dan­ger est trop important. La Bosnie-Herzégovine et pire, la Serbie. Rien ne va plus ! Alors que certains de mes amis me demandent si j’ai une assurance particulière pour la traversée de ces pays, d’autres me serrent la main en me disant qu’ils étaient ravis de m’avoir connu. Les seules images que l’on a pu voir des Balkans sont celles tirées des journaux qui nous informent avec détails des derniers massacres de Milosevic, entre autres. Des images qui datent de dix ans et qui n’ont pas été réactualisées par de plus récentes.

C’est pourtant avec grande quiétude que j’arrive à Ljubljana, point de départ de ce nouveau périple. Mon expé­rience en terme de voyage à vélo m’a montré que le danger n’est amplifié que par l’ignorance. C’est elle qui effraie. Dans la préparation du Tour d’Europe, beaucoup de nos amis avaient tenté de nous convaincre de ne pas nous rendre en Pologne, pays trop dangereux, peuplé disaient-ils de milliers d’ours mangeurs d’hommes. Nous y avons été reçus avec la Slivovica – petite gnole locale – et c’est à notre retour en France seulement que j’ai failli être agressé par un automobi­liste français. L’inconnu ne me fait pas peur. Au contraire, il m’excite et me pousse à poursuivre mon chemin. Qu’y a-t-il derrière le nom de ce village. Où ce chemin mène-t-il ? Quelle est la couleur de cette rivière fine et sinueuse ? Et cette route qui grimpe à près de deux mille mètres d’altitude, est-elle si abrupte que ce qu’elle laisse paraître sur la carte ?
Au départ de ce tour, j’ai en tête pléthore de questions et peu de certitudes, la plus grosse étant que de nombreuses autres interrogations me viendront au fil du voyage. Je suis également persuadé qu’il m’apportera encore beaucoup. C’est avec cet état d’esprit que je me présente sur la ligne du départ le lundi 19 juin 2006, soit exactement deux ans après le départ du Tour d’Europe. Je suis prêt à me lancer pour deux mois et demi à vélo, à la découverte de ces pays et de leurs habitants. La balade cyclobalkanique qui se présente est pleine de promesses : il fait chaud à Ljubljana, le vélo est prêt, la tête aussi… Que la « ballade des jambes heureuses » commence !

Avertissement :

Au retour en France, j’ai reçu de nombreux courriels provenant d’un groupe organisé de Slovènes très irrités contre ma personne. Leur revendication était la suivante :
– Veuillez changer expressément le titre de votre site Internet « Tour des Balkans » en « Tour des Balkans et de Slovénie ».
Ils argumentaient leur demande sur le fait que la Slovénie n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais dans les Balkans.
Soit. La notion de « Balkans » est très floue pour beaucoup. Cela dit, elle nous permet de visualiser, approximativement il est vrai, une région d’Europe méconnue pour nous, Occidentaux. Oui, la Slovénie ne fait pas partie des Balkans au sens strict du terme, tout comme une partie de la Croatie et du Monténégro, mais par souci de simplicité, je m’en tiendrai à la définition des Balkans donnée par le Petit Larousse :

BALKANS ou PENINSULE BALKANIQUE : La Péninsule englobe l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine, la Turquie d’Europe et la Yougoslavie.

Or, d’après le même dictionnaire :

YOUGOSLAVIE : n.f. anc. Etat de l’Europe méridional, composée à partir de la Seconde Guerre mondiale de six républiques : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie.

J’engloberai donc la Slovénie dans cette région, m’excusant par avance auprès de ceux que cela pourrait blesser, et auprès de ceux que cet avertissement a agacés. A noter que, mis à part de rares Slovènes peu compréhensifs, aucune autre personne n’a manifesté son mécontentement à l’égard de ce « Tour des Balkans » incluant leur pays.

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