Epilogue


Chapitre extrait du livre « Ballade cyclobalkanique » relatant mon voyage à vélo en ex-Yougoslavie

Epuisé

Ballade cyclobalkanique, récit d'un voyage à vélo en ex-Yougoslavie

Cinq mille kilomètres, cinq pays. Encore une fois, preuve a été faite que le vélo est un merveilleux moyen de transport et de communication. Il m’a permis de découvrir sans difficulté majeure cette partie d’Europe méconnue des Occidentaux. Malgré une histoire en partie commune, chacun de ces pays m’est apparu avec ses différences, ses particulari­tés, ses émotions et sa personnalité propre. Je suis venu en ces lieux avec peu de connaissances, peu d’a priori aussi. J’en suis reparti avec des souvenirs plein la tête, tant les émotions ressenties ont été fortes, les rencontres formidables et les paysages souvent merveilleux.

De la Slovénie, je retiendrai le vert surprenant de sa campagne, le bleu chatoyant de ses rivières, la beauté écla­tante des Alpes Juliennes, les fraises des bois et la peur de l’ours. Mais surtout, je retiendrai le civisme exemplaire de ses habitants qui respectent, entre autres, l’environnement et les cyclistes. J’irai même jusqu’à les comparer avec les Allemands sur ce point là. Je n’ai eu aucune frayeur. Chaque fois qu’une voiture arrivait en face de moi, les voitures ou camions s’arrêtaient derrière, pour me doubler ensuite dans de bonnes conditions. Cela est également facilité par un réseau dense de pistes cyclables.
Jamais la Slovénie ne m’a déçu, excepté lors de la soi­rée au camping près de Piran. De toutes les régions que j’ai pu visiter jusque là – une quinzaine –, je peux dire que c’est celle où je pourrais désirer m’installer pour quelques années tant il m’a séduit. Encore faudrait-il que je veuille m’installer quelque part… Reconnaissance pour tout cela, ce fut un plaisir de faire ce millier de kilomètres là-bas.

Sa voisine la Croatie est différente sur de nombreux points. Tout d’abord, les Croates sont fiers de leur pays. Les damiers rouge et blanc aux couleurs de la Croatie sont présents partout : drapeaux sur les maisons, tee-shirts, fanions dans les voitures… A propos de voitures, les automobilistes sont moins attentifs que leurs voisins slovènes, même s’il y a pire dans la région. La Croatie est un pays à deux visages. Le premier, ce sont des maisons détruites, criblées de balles, des terrains minés infranchissables. Un pays en ruine, dévasté par la guerre, dont les cicatrices peinent à se refermer. Mais c’est aussi un pays touristiquement très développé, exposant avec fierté sa côte et ses sites classés. C’est d’ailleurs lui qui possède à mon avis le plus beau site de la région avec les lacs de Plitvice. Site naturel exceptionnel, remarquablement bien préservé.

Alors que la Serbie était très riche avant la guerre, elle est aujourd’hui bien pauvre. L’économie a été mise à plat par une pression internationale très forte, et les Serbes en souffrent terriblement. Mais dès que nous rentrons dans le pays, ce sont des sourires qui vous saluent, des mains tendues qui vous aident, et des portes qui s’ouvrent pour une douche et un lit. Je n’ai passé qu’une trop courte semaine dans ce pays pour avoir une vision plus globale. Mais s’il n’y avait qu’une chose à retenir de la Serbie, ce serait le sens de l’accueil exceptionnel de tous les Serbes. Il me faudra donc y revenir !
Le Monténégro, la Montagne noire, possède une nature d’une puissance phénoménale. Ses paysages m’ont subjugué. Le Durmitor, le canyon de Tara et celui de Moraca, la baie de Kotor, la montagne de Lovcen… Autant de noms de lieux qui me font encore frissonner. Ce pays est presque de la moitié de la taille de la Slovénie mais possède un potentiel énorme que les habitants commencent à exploiter pour le développement touristique. Il serait grand temps qu’ils se préoccupent de la protection de l’environnement, domaine où ils sont loin d’exceller !

Enfin, la Bosnie-Herzégovine… Ce pays possède éga­lement plusieurs visages, à l’image des différentes commu­nautés religieuses qui y vivent et se heurtent souvent. Le plus triste, ce sont certainement les maisons sans toit qui jalonnent le pays. Où que l’on aille, elles sont là, éventrées, symbole désastreux de la brutalité de l’homme. Les terrains minés les accompagnent souvent. Difficile de savoir si des mines ont été posées ou pas. Il ne faut point s’écarter des chemins battus. A mon retour, je mettrai plusieurs jours à me faire à l’idée que je peux marcher dans une forêt, dans une jachère, dans des landes. On ne peut pas se permettre cela en Bosnie… Et c’est certainement ce qui m’a le plus marqué de tout mon voyage. La guerre encore présente malgré le temps qui passe.

Mais de tous ces pays, je retiendrai surtout l’accueil remarquable. Le voyage a été ponctué de quantité de rencontres, aussi agréables les unes que les autres. Les Balkans m’ont fait basculer rapidement de l’état d’Occidental frileux à celui de voyageur ouvert à la chaleur humaine. J’ai rencontré des sourires à tous les coins de rues, dans les chemins, dans chaque ville ou village, dans les maisons et les cafés. Insolites, charmeurs, accueillants, sincères, amusants. Tous ont une teinte particulière et ont ainsi constitué un voile de bonheur qui m’a enveloppé pendant deux mois et demi, et que je continue encore de porter. Les rencontres ont transformé une simple balade en voyage de découverte d’une extrême richesse, qui m’a transformé jusqu’au fond de mon être. Ces rencontres ont été souvent accompagnées de bières savoureuses. Faut-il préciser que je n’en abuse point. Il est même rare que je boive de l’alcool en France. Mais dans cette région de l’Europe et dans le contexte du voyage, la bière est une élément de sociabilité très important, voire primordial, qui m’a permis d’être proche des gens que je rencontrais ou qui m’accueillaient. Se plier aux us et coutumes d’un pays permet de mieux le découvrir. J’attendrai néanmoins d’avoir « plus de bouteille » pour découvrir la Russie, où la bière est remplacée par la vodka !

Enfin, comme lors des deux premiers périples, j’ai terminé le tour avec le sentiment du devoir accompli, convaincu que mon passage a permis de trouver de nouveaux donneurs de sang et a servi cette cause noble et vitale. La communication pour le don du sang a encore une fois dépassé toutes les attentes et cela m’encourage à poursuivre l’aventure. M’est-il possible de m’arrêter en si bon chemin ? Après les quatorze mille kilomètres déjà effectués pour les Voyageurs au grand Cœur, l’aventure doit se poursuivre. Une autre desti­nation, un autre voyage, d’autres rencontres. Mais toujours le même message, porteur de vie et d’espoir. Et promis, cette fois-ci je resterai fidèle. Teresa m’accompagnera !

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